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Tesi completa Elia Ferro

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Tags: migrazionisecondagenerazionepastoraleemigratiitaliani
UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN
FACULTÉ DE THÉOLOGIE
LES COMPORTEMENTS RELIGIEUX
DES FILS DES IMMIGRÉS ITALIENS EN BELGIQUE
ET LA PASTORALE QUE CES COMPORTEMENTS
REQUIÈRENT
Promoteur :                                         Mémoire présenté en vue de l'obtention du grade de Professeur R. GUELLUY         Licencié en Sciences Morales et Religieuses par Elia FERRO
Louvain 1981
Nous tenons à remercier tous les professeurs de Louvain qui nous ont aidé à réfléchir à la condition de l'homme moderne confronté aux situations inédites de notre époque et à repenser la foi chrétienne confrontée aux défis du monde actuel.
Ceci nous a permis d’approfondir un problème qui nous tenait  fort à cœur : celui de l'avenir humain et chrétien de la deuxième génération des immigrés italiens en Belgique.
En particulier, nous voulons dire notre merci à Monsieur le Chanoine Guelluy qui, avec sa sensibilité pastorale, a bien voulu patronner notre travail et à Monsieur Piaser qui nous a accompagnés et conseillé avec sa compétence scientifique et son expérience personnelle d'immigré de la seconde génération.
Notre merci nous l'adressons également à tous ces jeunes de la  deuxième génération sans qui ce travail n’aurait jamais vu le jour. Ils sont nombreux ceux que nous avons contactés et interrogés et avec qui nos avons travaillé ces dernières années.
Merci encore à Sœur Marie d'Assise qui avec patience a revu le texte français de ce travail -  pensé souvent en italien -  et enfin à J. Menegolli qui nous a aidé à préciser ou à corriger certains passages.
INTRODUCTION
OBJET DU TRAVAIL
1. La deuxième génération
Notre recherche porte sur les comportements religieux de la deuxième génération italienne, que d'aucuns appellent "génération zéro".
Il s'agit des enfants des immigrés italiens, qui sont venus en Belgique en bas age et qui ont fréquenté tout le cycle scolaire ou bien qui sont nés en Belgique et y ont grandi. Ce sont les enfants de ces "pèlerins du  travail" qui, pour un motif ou un autre ont choisi d'adopter le pays d'accueil.
Peut-on parler d'une deuxième génération avec des caractéristiques propres ?
Pour certains observateurs, les enfants des immigrés italiens sont intégrés et ne font pas problème: ils connaissent le français; ils ne savent rien ou fort peu de l'Italie et ils ont grandi parmi leurs amis autochtones. S'ils ont l'avantage de ne pas devoir faire leur service militaire, s'ils portent un nom italien ou s'ils ont des traits nettement méditerranéens, cela ne fait qu'ajouter un peu de couleur à une normalité, à une adaptation et à une intégration classée.
Pour d'autres observateurs, cette génération conserve des caractéristiques typiquement italiennes : la nationalité, la culture, les traditions, etc. Pour eux, cette génération n'est en rien intégré : les adaptations plus ou moins apparentes restent des adaptations et elles ne doivent pas tromper.
2. Son comportement religieux.
L'acte de foi est une réponse personnelle à l’appel de Dieu. C'est l'enseignement du
Concile Vatican II : " ... L 'homme, racheté par le Christ sauveur et appelé par JésusChrist à l'adoption filiale, ne peut adhérer en Dieu révélé, que si, attiré par le Père, il met raisonnablement et librement sa foi en Dieu˝.   
Mais l'homme qui pose cet acte est situé dans l'espace et le temps, il est solidaire d’une culture.
D’ailleurs l’expression d'un credo a besoin de paroles, de gestes et de signes pour être visible et compréhensible, pour être levain et témoignage. Ces paroles, ces gestes et ces signes sont empruntés au contexte socioculturel dans lequel on vit.
Pour tous ces motifs la même foi s’exprimera différemment dans un milieu populaire rural ou dans un milieu industriel, s'exprimera différemment dans un milieu ouvrier ou un milieu bourgeois.
3. Une pastorale adaptée.
Il est toujours important de rappeler que, au-delà de l'élaboration, de la planification et de la stratégie d'un projet pastoral, la Parole de Dieu a son attraction propre, qui délivre et les programmations et les conditionnements.
La Bonne Nouvelle a la force du "je serai toujours avec vous jusqu'à la fin des temps", elle a une logique qui dépasse le "savoir du monde" et qui sauve à travers ce que saint Paul appelle la "folie de la prédication" .
Cette vérité doit être soulignée pour ne pas réduire la pastorale à une pure technique d'animation et pour utiliser pleinement l'intelligence sans risquer  d’annuler ou de sous-évaluer l'œuvre de l'Esprit qui souffle où il veut .
Cependant, la pastorale doit tenir compte des aspirations du milieu où la foi s’incarne et se vit. Aussi, par exemple, les évêques d'Amérique Latine réunis à Puebla voulurent être interprètes de leurs peuples, conscients de leurs aspirations, particulièrement celles des plus humbles, ils se sentent stimulés "par la grandeur des provocations structurelles de notre société" .
Le monde contemporain se découvre profondément interdépendant et en même temps culturellement différencié. La pastorale sera, en conséquence, diversifiée. Elle devra non seulement s’exprimer  en diverses langues mais aussi s’incarner en divers lieux, en divers continents, en diverses histoires et géographies .
METHODE DU TRAVAIL
1. L’appel aux sciences des faits sociaux.
Les possibilités d'analyse et de compréhension offertes par les sciences humaines modernes sont nombreuses: on peut utiliser une méthode: historique, psychologique, anthropologique, linguistique, sociologique, etc. Bien que limitées, toutes ces approches constituent des tentatives sérieuses de lecture et la pastorale incarnée se doit d'en tenir compte.
Dans notre travail, nous allons privilégier approche sociologique.
Il est clair que cette discipline ne prétend pas juger l'acte de foi, mais elle sera utile pour définir les besoins, les structures et les conditionnements qui agissent sur un individu ou un groupe.
Ces besoins, structures et conditionnements varient d'une société à une autre et leurs divers agencements donnent à une société ses caractéristiques, sa culture, sa stratification sociale, etc.
La sociologie nous permet de pénétrer, le plus objectivement possible, ces phénomènes de structuration sociale. Elle nous offre un regard "macro-
sociologique" quand elle étudie les rapports des sociétés entre elles et des différents systèmes dans une même société.
Elle nous offre: un regard "micro -sociologique" quand elle analyse l'homme dans sa situation et dans son insertion, au moyen de processus de socialisation et d'acculturation au sein d'une société déterminée.
Nous nous attacherons particulièrement aux aspects qualitatifs, sans pour autant négliger le quantitatif, et nous emprunterons nos concepts aussi bien à la macrosociologie qu'à la micro-sociologie. La présence des deux éléments nous évitera le double écueil: ne voir dans le migrant qu'un héritier de classe exploitée ou ne voir en lui qu'individu avec ses difficultés personnelles.
2. La réflexion pastorale.
Nos remarques sociologiques vont déboucher dans une réflexion pastorale.
Il est clair que, si le jeune immigré est tout à fait intégré, la pastorale ne doit pas faire de différence avec les autres jeunes, elle n'a pas de problème particulier d’écoute, d'attention, de recherche.
Si toutefois la situation révèle que les jeunes en question ne sont pas intégrés, il leur faut un autre type de pastorale.
La sociologie donnera un cadre et des points de référence macro et microscopiques; la science pastorale, quant à elle, étudiera comment articuler ces faits à la foi: ce qu'il convient de valoriser, stimuler, parfaire et féconder, et comment le faire.
3. Lés sources.
Il existe un certain nombre d'études sociologiques sur l'émigration en général et sur l'émigration italienne en Belgique notamment. Mais la deuxième génération italienne en Belgique est un phénomène juvénile encore presque inexploré. On a bien peu d'études sur ses caractéristiques propres, ses besoins, ses attitudes propres, ses aspirations.
De même il existe ' des publications sur la pastorale du milieu ouvrier et du milieu émigré notamment tel qu’il se présente en Belgique, mais on a guère réfléchi profondément au problème très délicat d'une pastorale bien adaptée à la deuxième génération.
Nous avons lu avec soin ces divers travaux et nous les avons prolongés de notre mieux par une réflexion personnelle.
Pour être mieux éclairé sur le phénomène complexe qu'est le comportement religieux des infants d'immigrés à propos desquels nous voulions formuler quelque proposition pastorale, nous avons voulu compléter nos lectures par différentes interviews. On trouvera en annexe de notre travail la plus significative de celle-ci dans un langage parlé.
Pareil document pourrait faire l'objet d'une étude fouillée socio-linguistique. L'approche que nous avons modestement faite nous a permis de deviner tout ce qui serait possible de tirer de ces matériaux grâce à des analyses fort techniques.
Nous avons dû nous borner à en dégager par plusieurs lectures très attentives les idées essentielles.
Nous les utiliserons dans notre texte et nous renvoyons à l'interview en le citant comme suit: A (annexe) et numéro de la ligne telle qu’il figure en marge de  notre annexe.
PLAN DU TRAVAIL
Dans un premier moment, nous traiterons de définir  les principaux concepts utilisés dans notre étude.
Dans un deuxième et troisième moment, nous essayerons de voir comment la macro-sociologie e la micro-sociologie réussissent à situer cette catégorie « particulière» des jeunes, quel est leur visage et quelles sont les urgences qui s’imposent.
Dans un quatrième moment, nous devrions pouvoir découvrir et localiser des éléments à répercussion pastorale.
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I  PARTIE
DEFINITION DES PRINCIPAUX CONCEPTS UTILISES
Il est important, pour notre recherche, un cadre de référence théorique bien précis: il nous évitera des équivoques et délimitera notre objet d’étude.
Nous sommes intéressés par la religiosité de la deuxième génération italienne en Belgique, en sachant bien qu'elle est enracinée dans un milieu et une culture et qu'elle est conditionnée par la socialisation.
Pour cette raison, dans cette première partie, nous aborderons les différents concepts de religion et de religiosité, de culture, de socialisation et pastorale.
I. RELIGION ET RELIGIOSITÉ
1. Expérience religieuse fondamentale
Il existe une expérience religieuse fondamentale dans l’homme, une "disposition ou capacité qui est inscrite dans les aspirations les plus profondes de l’être humain et qui l'oriente spontanément vers l’ultime et vers l’absolu" .
L'anthropologue parle pour l'homme d'"un besoin de dépasser sa finitude, de se garantir contre le mystère, de se défendre de l'inconnu" .
C'est à cette expérience religieuse fondamentale que fait référence le Concile Vatican II, quand il affirme : "Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd'hui, troublent profondément le cœur humain. Qu'est-ce que l'homme? Quel est le sens et le but de la vie? Qu'est-ce le bien et qu’est que le bien e qu'est-ce que le péché? Quels sont l'origine et le but de la souffrance?  
Quelle est la vie pour parvenir au vrai bonheur? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort? Qu’est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qu’entoure notre existence d’où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ?"  
C’est à partir de cette attitude fondamentale, de cet humus que germent toutes les religions de la terre.
2. Religion historique
L’expérience religieuse fondamentale se rencontre structurée et codifiée dans les ensembles socio-culturels des diverses religions.
Ces religions se diversifient selon une triple forme d’expression: l’expression théorique ou la doctrine, l’expression pratique ou le culte et l’expression sociologique ou la communion .
Il en résulte des institutions complexes qui jouent un rôle social important. Aujourd’hui elles subissent des transformations fondamentales, du fait qu’elles sont liées aux phénomènes sociaux actuels .
3. Religion et religiosité
En fonction de ce qui vient d'être dit, il nous faut bien distinguer deux concepts. Par religion, nous entendons le rapport entre l'homme et la transcendance, entre l'homme et le sacré, entre l'homme et la croyance .
Le terme religiosité vise, par contre, l'actualisation effective de la religion dans les comportements humains . Des méthodes sociologiques permettent de la connaître dans ses différents aspects. Ces aspects sont: la doctrine, le culte et la communion.
En ce qui concerne la doctrine, notons qu'elle est constituée par la formulation systématique du groupe. Elle peut être vécue différemment: elle peut être, soit simplement officielle, soit acceptée et professée: soit encore implicite et vécue. Elle sera, de toute façon, à la base de l'action et de la vie du croyant .
Le culte est l'expression rituelle de la foi à travers laquelle l'homme révèle sa soumission à Dieu. En raison de son rôle et de la tendance de l'homme à s'exprimer collectivement, le culte acquiert une certaine autonomie. Il peut parfois constituer une tentative de main-mise sur Dieu, c'est la magie .
Quant à la communion, elle est constituée par la collaboration de spécialistes de l’organisation de la doctrine et du culte avec des "consommateurs" .
4. Catholicisme
Nous examinerons la religiosité de la deuxième génération, issue de parents catholiques et vivant dans un monde; catholique.
La religion catholique est une religion révélée qui trouve dans la Parole de Dieu, interprétée et vécue selon la Tradition son corps doctrinal; qui trouve dans les sacrements et dans les rittes institués son expression du culte et qui possède une organisation hiérarchique bien structurée et largement ramifiée.
Ce catholicisme baignait jusqu’à la dernière guerre dans une atmosphère de chrétienté et se trouve  aujourd'hui dans une période de crise et d'"aggiornamento"; ce changement de situation est dû à la profonde interaction du catholicisme avec les processus de la société globale et de la sécularisation. La profonde modification culturelle actuelle ne peut pas ne pas se répercuter sur la religion et sur la religiosité. La crise et l"aggiornamento" sont vécus et soufferts surtout au niveau concret, réel et existentiel et le peuple chrétien ne s'y retrouve que difficilement.
Si la foi et l'acte religieux ont des racines dans le cœur de l'homme mais aussi dans une culture, et  la foi et la culture sont toujours historiquement liées, quelle en sera la conséquence sur la deuxième génération?
II. CULTURE
1. Qu'est-ce que la culture?
La culture telle que nous l'entendons, n'est pas à prendre dans le sens d’érudition.
La culture est «un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir, plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en collectivité particulière et distincte .
Elle est un ensemble lié et actif d'expression de toute l'activité humaine. C'est une manière de vivre, c'est-à-dire un ensemble complexe qui comprend la connaissance, la croyance, l'art, la morale, le droit, la coutume ainsi que des aptitudes que l’homme acquiert comme membre d'une société.
Pour qu'on puisse parler de culture, il faut qu'existe un certain degré de formalisation et d’élaboration de codes qui sont fondamentaux pour vivre et pour mourir   même s'ils ne sont pas perçus consciemment.
Ces codes ont un caractère social et, bien qu'ils s’individualisent, ils se réfèrent toujours à une société globale. Si la culture est partagée seulement par un groupe de cette société, on parlera de "sous-culture", et, si elle se réfère au groupe dominant, on parlera de "culture dominante" ou de culture tout court
La culture est acquise par divers moyens et mécanisme de transmission et d'acquisition: elle n'est pas un héritage biologique mais un héritage social.
Le partage des mêmes codes est une réalité objective: elle est aussi symbolique parce que cette unité exprimée à travers un vaste appareil symbolique qui comprend le langage, les manières d'agir, etc.
2. En pratique
Les symboles et les produits d’une culture ne l’exprimeront jamais totalement. Aucune de ses parties n’est importante en soi, mais chacune est importante en tant qu’instrument et en tant qu'élément constitutif de l'ensemble.
Ainsi la langue est plus que l'utilisation d’un idiome particulier; la langue est le véhicule d'un univers culturel. Le langage porte en soi une vision du monde, qu’adoptent nécessairement ceux qui la parlent .
Dans le même ordre d'idées, la patrie, avant d’être un lieu, est un ensemble de conditionnements vécus et une mémoire collective.
En fait, le passé fournit à une collectivité de son identité, comme il le fait pour les individus. Un de plus puissants agents de solidarité sociale est le souvenir chargé d'affectivité communautaire; il est la Source d’une communion physique, presque biologique, explication du présent et leçon pour l’avenir .
En somme, la culture avec sa globalité et sa relative souplesse offre un univers mental, moral et symbolique à un ensemble de personnes qui, grâce à elle et à travers elle, peuvent  communiquer, se reconnaître et se sentir membres d'une même entité qui les dépasse.
Pour les migrants italiens que de bouleversements culturels causés par le manque subit de milieu et d’instruments culturels normaux!
Quelles sont alors pour eux les conséquences de la rivalité de deux cultures s'affrontant non sur un pied d'égalité mais à partir d'un rapport de force inégale? Quelle sera la conséquence de la confusion des deux cultures auxquelles, sous prétexte de même origine latine et des mêmes traditions catholiques, on concède à faire "quelques différences négligeables".
Si la religiosité a des racines dans une culture vécue et dans un milieu social déterminé, quelles sont les conséquences sur la foi et sur la religiosité d’un déracinement subit ?
III. SOCIALISATION
1. Une insertion dans le milieu
Nous pouvons définir la socialisation comme le processus par lequel la personne humaine apprend et intériorise, tout au long de sa vie, les éléments socio-culturels de son milieu, les intègre à la structure de sa personnalité sous l'influence d'expériences et d'agents sociaux significatifs et par-là s'adapte à l'environnement social où elle doit vivre .
L'acquisition de ce patrimoine, fait de connaissances, modèles, valeurs, normes, attitudes, comportements et symboles partagés par le groupe, continue toute la vie, mais a une importance fondamentale dans l'enfance et la jeunesse à cause de l’intensité et de la "malléabilité" de ces phases de la vie.
L'individu assume et développe les qualités qui lui sont essentielles pour une affirmation efficace au sein de la société dans laquelle il évolue. Aussi il s'adapte à l'environnement social et anticipe le comportement d'adulte, le statut socio-culturel, religieux et sexuel. Il s'adapte à un rôle ou à un ensemble de rôles qui seront interprétés et réalisés dans un temps préfiguré, mais encore à venir.
La socialisation dotera donc chaque enfant d'attitudes et de rôles qui se réfèrent à des rôles adultes, d'informations spécifiques à faire fructifier par après .
2. Agents de socialisation
Les responsables de la transmission culturelle sont de multiples agents ou transmetteurs qui agissent en concordance ou en compétition, mais qui répondent à des besoins précis de l'individu et de la société. Famille, école, pairs, mass-media, Eglise... tous oeuvrent à la socialisation de chaque personne et, en particulier, de l'enfant. Leur présence et leur importance sont difficilement remplaçables.
A. Famille
La première instance de socialisation, par ordre de temps et d'importance, est la famille. Elle est l'agent socialisateur primordial pour l'influence qu’elle exerce durant les premières années de vie, pour le lien qu'elle garde durant la jeunesse et surtout pour la satisfaction des besoins de base de l'enfant.
L'enfant trouve en elle, non seulement son identité biologique, psychologique et sa position sociale, mais aussi la satisfaction des besoins physiques qui vont de l'alimentation à l'habillement, de la défense à la sécurité, sans oublier le besoin d'amour et d'affection; le besoin d'aute-estime qui aide à construire une personnalité et le besoin d'auto-réalisation, avec la possibilité de développer ses potentialités .
Dans toutes ces demandes-réponses nous décelons le motif et la raison essentielle de l'importance primordiale de la famille, même si, dans notre monde, elle est contrainte à se redéfinir.
B. Ecole
Vient ensuite l’école, qui a le devoir et le rôle institutionnel de faciliter dans l'individu la réalisation et la stabilisation du développement cognitif le plus approprié et le plus complet, de permettre l'acquisition d'informations relatives surtout aux normes et valeurs de la communauté ou, plus exactement, de celui qui détient le pouvoir dans la communauté ainsi que l'acquisition de comportements socialement approuvés.
L'école, à travers l'instruction et une série plus ou moins abondante de cérémonies, renforce donc les autres institutions de la société et aide l’individu à devenir capable de participer comme membre efficace à l’interaction sociale" .
L'école, à temps plein, croît en importance au préjudice de la famille.
C. Pairs
Aujourd’hui la socialisation des jeunes est de plus en plus horizontale .
C'est dans le groupe de ses semblables, par la coopération des individus du même âge et statut, que la personne arrive à l'apogée "conscience morale", c’est-à-dire de propension à prendre une position coopérative ou autonome dans la société.
Le groupe développe le "sens de la justice" qui, peur grandir, suppose autonomie, égalité et réciprocité.
L'individu fait, avec les amis, le passage de la famille au monde professionnel. Le group des pairs se caractérise par une structure égalitaire, par la participation collective aux décisions, par une adhésion volontaire et par la satisfaction des besoins spécifiques non satisfaits ailleurs .
D. Eglise et mass media
L’Eglise joue un rôle moins important; ses mécanismes peuvent s'assimiler à ceux de l'école ou de l'instruction scolaire en Belgique.
Les mass-media deviennent de plus en plus importants et semblent exercer presque uniquement une fonction de renforcement d'attitudes déjà existantes. Leur importance augmente chez l'enfant qui ne possède pas encore des valeurs et des attitudes stables et susceptibles d'être modifiées .
E. En conclusion
La socialisation de la première période de la vie est donc une étape fondamentale pour l'intériorisation de la culture de la société et pour le conformisme social.
S'il est vrai qu'une culture se transmet et s'intériorise tout au long de la vie, nous devons être attentifs surtout aux moments de l'enfance et de l'adolescence.
Ce que nous avons dit de la socialisation peut être schématisé de la façon suivante :
 
La socialisation a lieu dans un milieu bien déterminé et dans une société globale donnée. Or c'est à l’intérieur de ceux-ci que les différents agents de socialisation interviennent, dans un processus d’interaction entre l'individu et le milieu.
Le processus de socialisation est un moment fondamental et capital de la formation des personnes et des groupes, c’est aussi un lieu privilégié de formation à la religiosité et, donc, d’action pastorale.
L'enfant immigré connaît-il une socialisation. normale, difficile ou différente? Quelles en seront les conséquences sur sa personnalité et son comportement social et religieux?
3. Identité
"L'identité personnelle trouve son fondement dans l'intériorisation des modèles collectifs... L'individu n'existe comme tel qu'à l'intérieur de règles d'échange, son identité est liée à sa capa6ité de se situer à l'intérieur de ce cadre" .
Cette intériorisation des modèles et des codes à travers une mobilisation affective, donne à la personne l'image de soi, qui la situe par rapport aux autres et aux divers aspects de la vie sociale.
L'image de soi, ainsi formée, procure une certaine sécurité parce que, d'après les modèles, l' individu sait ce que les autres attendent de lui et ce qu'il doit attendre des autres.
Un comportement qui ne correspond pas au système des attentes engendre la culpabilité. Ce sentiment de défaillance, par rapport à l'image de soi intériorisée et valorisée et par rapport aux modèles collectifs, avec les processus de pardon et de réconciliation, ne fait que confirmer l'institution et le système culturel.
La fonction de la culpabilité est notamment de réduire l'écart par rapport aux normes: elle légitime encore plus la culture dominante.
D'habitude, l'identité personnelle est vécue inconsciemment et sans problème, sauf dans le cas où elle est en crise; naît alors l'urgence d'une clarification .
Quand l'image de soi et l'attente des autres s'expriment de deux façons différentes, quel sera le résultat? Quel sera le rôle de la culpabilité?
4. Intégration
Dans notre recherche nous sommes en présence de deux cultures, dont la différence de langue n'est qu'une expression: la situation d'un individu ou d'un groupe n'est pas facile. Dans ce cas, on parle volontiers d'intégration; mais quelle en est la portée?
"L'intégration ne doit pas être une simple assimilation, mais quelque chose de plus. Elle doit être un échange réciproque d'expériences humaines sur le plan psychologique; elle doit être un échange culturel duquel ressort une prospective plus ample et plus mûre; elle doit être une insertion de l'immigré dans la nouvelle structure sociale comme une partie vitale et fonctionnelle qui enrichit l'ensemble" .
Dans le cas d'immigrés, il faut toujours bien distinguer stabilisation et intégration, intégration instrumentale (on s'entend pour les besoins vitaux) et intégration culturelle (on adopte une culture) .
L'intégration sera positive si "elle n'est pas un abandon des valeurs culturelles d'origine mais si elle est une "coopération" entre la communauté d'accueil et les communautés immigrées de manière telle que chacune d'entre elles puisse, dans un esprit de tolérance et de respect réciproque, épanouir ses propres valeurs et les rapprocher en vue d'objectifs communs" .
L'intégration organique de l'immigré est un processus à longue échéance. C'est une question de générations plus que d'années .
IV. PASTORALE
1. Une définition
Le mot "pastorale", qui est souvent utilisé dans 1'Eglise, vieillit et se modifie avec l'histoire.
Nous dirons que "la pastorale est l'action de l'Eglise, par laquelle celle-ci, sous la motion du Saint Esprit, accomplit visiblement la mission qui lui a donnée le Christ et poursuit l'achèvement du dessein salvifique du Père sur la création" .
Cette discipline de la réflexion théologique étudie le passage du savoir à la pratique, de la contemplation à l'action, de la recherche et des principes à la réalisation et à l'accomplissement.
Elle comporte la préoccupation du faire et du comment faire, du comment mettre en pratique les principes et l'Evangile. Les premiers paragraphes de la constitution Gaudium et Spes soulignent que l'Eglise a sa doctrine propre sur l'homme et sur le monde mais, en même temps, qu'elle doit prendre en considération les différents aspects de la vie et de la société humaine, spécialement les questions et les problèmes qui aujourd'hui semblent le plus urgents .
La pastorale est l'art et la science de l'accomplissement immédiat du salut par l'Eglise hic et nunc .
Cela implique une attitude fondamentale de fidélité au Dieu vivant et à l'homme concret. Cela exige non seulement un certain dynamisme mais aussi une recherche, une souplesse, une sensibilité, une intelligence et une préparation toujours conscientes qui articulent les éléments immuables aux éléments contingents.
2. Eléments constitutifs  
A. Origine: Dieu
Dieu entre continuellement dans l'histoire de l'humanité. Le salut, n'est pas un fait donné une fois pour toutes, un fait accompli, mais il est achèvement et événement continu qui se réalise sans interruption dans les moments importants et insignifiants dans la grande et la petite histoire, dans les contextes historiques et dans la vie de chaque personne.
Le dessein salvifique du Père sur la création se réalise par une irruption continue dans le monde.
C'est le Christ "Lumen Gentium" qui a inauguré le règne des cieux sur terre, c'est en Lui que les hommes ont été élus et prédestinés à être enfants de Dieu.
C'est l'Esprit-Saint qui renouvelle continuellement l'action de Dieu au sein de son peuple, qu'il guide et sanctifie.
B. Sujet: l’Eglise
La pastorale guidée par l'Esprit sera donc une médiation salvifique parce qu'elle introduit le transcendant dans l'histoire.
Le salut ne vient pas de l'homme mais de Dieu: c'est Lui qui aime en premier lieu.
Le salut est un Don de Dieu et un bien pour les hommes. "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie. (...) nous vous l'annonçons à vous aussi, afin que vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et votre communion est communion avec le Père et avec son Fi1s Jésus
Christ" .
L'Eglise communion entre frères et avec Dieu, est le sujet de la pastorale ; c'est elle qui opère la médiation entre Dieu et l'homme, c'est elle le sacrement, le signe, l'instrument et le miroir qui reflète la lumière du Christ pour tous les hommes.
L'Eglise, animée par l'Esprit, est porteuse d'une action dont elle n'est pas propriétaire, mais qu'elle doit réaliser bien concrètement en ce temps et en cette histoire. Son action ne sera en conséquence jamais uniquement immanente ou transcendante.
C. Contenu: le salut total en Christ
La pastorale oeuvre et oriente vers le futur: elle a une dimension eschatologique dans la libération du mal, dans la plénitude de l'identification, de la communion, de la liberté et du sens . C'est une projection vers le futur meta-historique de la personne et du monde dans l'attente de la venue du Christ.
En même temps elle ne peut se priver d'un projet concret, historique, à moyen terme si elle veut être vraiment une préparation-anticipation de l'eschatologie.
Elle sera le pont entre le "déjà-là" e l'achèvement du salut en Christ.
D. Destinataires: tous les hommes
Le salut et la Bonne Nouvelle sont des biens pour tous les hommes, un appel à chaque créature de tout temps et de tout lieu.
La pastorale devra donc être ouverte à toute l'humanité et être attentive à toutes les situations personnelles et collectives. Si le contenu sera toujours le même, les concrétisations seront adaptées et variées.
E. Réalisateurs: théologiens et agents  pastoraux
Si l'action pastorale doit se référer d'une part à des principes et à des éléments fondamentaux, d'autre part à des éléments historiques: l'osmose entre doctrine et praxis sera toujours fondamentale. Au cours du temps, il y a des moments  de dévaluation réciproque qui risquent de faire de la spéculation des théologiens une pure abstraction et de la praxis des pasteurs un pragmatisme vidé de son orientation.
Dans cette articulation, il est important de se référer continuellement à la source du salut: le Père, le Fils et l'Esprit, d'éviter d'inutiles agitations, en prenant conscience de la fonction de médiation des personnes et des moyens, d'expérimenter personnellement le contenu du salut comme don, comme prospective, comme actualité et "kairos" et enfin de connaître les destinataires dans leur état concret historique et géographique, dans leurs besoins réels et profonds.
3. Hier et aujourd'hui
Avant Vatican II, la pastorale et la mission avaient une double signification bien précise : dans les pays non-chrétiens et non-catholiques, l'Eglise devait prêcher la conversion au message du Christ et y faire la "plantatio ecclesiae"; dans les pays catholiques, par contre, elle devait inviter à la conversion morale et à la pratique sacramentelle.
On était convaincu que, dans les pays catholiques, tout le monde était chrétien de fait et de droit: en conséquence le problème fondamental de la pastorale était celui de la pratique religieuse.
Après la guerre, l'Eglise s'est aperçue qu'elle ne vivait plus dans un régime de chrétienté et qu'il ne suffisait plus d'organiser les missions pour les païens : la vraie mission était de porter l'Evangile dans les diverses cultures; l'Eglise devait aller à d'autres catégories d'"infidèles" : les athées, les indifférents, les classes sociales et le monde contemporain.
C'était le recentrage de la mission et de la pastorale, vues surtout non plus comme une invitation à se convertir à l'Eglise mais au Christ .
Les documents du Concile Vatican II, l'exhortation apostolique "Evangelii nuntiandi", soulignent l'évangélisation à faire "ad intra et ad extra ecclesia".
Il ne s'agit plus de l'Eglise qui est en bonne santé et qui se préoccupe du monde; il s'agit au contraire d'une Eglise qui se découvre à la fois sainte et pécheresse et qui a toujours besoin de conversion dans la révision de foi, dans la reprise sacramentelle, dans la cohérence de la vie et dans la redécouverte de sa catholicité, c'est-à-dire de sa diversité et, en même temps, de son unité.
Dans sa mission "ad extra" l'Eglise doit continuer à annoncer la Bonne Nouvelle du Christ et "planter l'Eglise", mais, en outre, elle se mettra au service de tout homme en voie de libération en aidant et appuyant la promotion humaine et totale.
C'est dans cet Esprit que la pastorale doit aborder les cultures et qu'elle doit toujours être à l'écoute des signes des temps.
V. CONCLUSION
Il est sûr que Dieu est maître de son action et peut toujours reprendre "la pierre écartée par les constructeurs pour en refaire une pierre angulaire"  mais l'agent pastoral ne peut pas oublier le "allez dons le monde et prêchez l'Evangile à toutes les créatures" .
Et si à la fin de sa recherche le pasteur devra toujours dire ou accepter de dire qu'il est un serviteur inutile , cependant il doit tout mettre en oeuvre pour être un "sauvé-sauveur" intelligent et prévoyant  .
Dans cet esprit et sachant bien que le comportement religieux a un aspect social et culturel, notre approche pastorale des problèmes de la deuxième génération italienne en Belgique sera attentive aux structures globales qui situent l'homme dans la société et un milieu particulier et aux structures qui le socialisent. La macrosociologie nous donnera une image sommaire mais importante de la position socioculturelle du jeune italien tandis que la micro-sociologie nous fera découvrir les mécanismes concrets d'insertion et d'acculturation. L'action pastorale doit être attentive aux deux plans et agir sur les deux.
Dans quels cadres économiques, sociaux, politiques et culturels est-il inséré et enraciné le jeune de la deuxième génération? Quel est son statut?
A-t-il une culture ou est-il entre deux cultures?
Comment est-il socialisé?
Peut-on avoir une idée de sa religiosité?
Nous n'avons pas la prétention d'épuiser le sujet complexe et limité en même temps: il nous suffira de souligner des éléments qui ne doivent pas être sous-évalués par les agents pastoraux, sous peine d'inauthenticité ou d'inefficacité. Nous n'avons pas les moyens et la préparation sociologique pour quantifier les observations et les problèmes: notre approche est surtout qualitative.
II  PARTIE
UNE GENERATION ENTRE DEUX SOCIETES
Chaque individu naît et vit dans un contexte indépendant de lui. Etre né dans un monde à dominante capitaliste ou collectiviste ne dépend pas d'un choix mais d'un  concours de circonstances. Le milieu socioculturel est une composante importante et indispensable de la formation et du conditionnement de l'individu et, en conséquence, influence profondément chaque personne.
Il n'est pas difficile de connaître un immigré, ses problèmes personnels, ses difficultés, ses conquêtes et ses déceptions individuelles mais nous ne le connaîtrons jamais complètement si nous ne prenons pas la précaution de le situer dans le milieu particulier et dans la société plus vaste qui l'ont vu grandir et qui le conditionnent.
L'individu se trouve impliqué dans bien des situations sur lesquelles il ne peut avoir personnellement que peu de prise: en ne 1es voyant pas, on court le risque de culpabiliser ou être culpabilisé, parfois inutilement.
Par exemple, l'intégration manquée peut être attribuée à un manque de volonté, à un égoïsme national ou un égoïsme de groupe soit de la part du nouveau venu que du pays d'accueil. Mais en y regardant de plus près et au-delà des relations personnelles, on comprend mieux où est l'origine et la cause d'une telle situation.
Certes, il ne manque jamais de facteurs personne11es ou de groupe qui peuvent résoudre, corriger ou aggraver le problème de l'intégration mais on ne peut négliger le fait objectif qui place structurellement les personnes dans une position socioculturelle particulière et déterminante.
Notre brève présentation de la situation, dans laquelle naît l'enfant de l'immigré, a comme but d'introduire à la compréhension des phénomènes qui pèsent sur son comportement en général et sur son comportement religieux en particulier. Un enfant d'immigré naît, se développe et vit dans une situation qui dépasse, et dont il n'est pas responsable mais dont il subit les conséquences. Il s'agit d'une situation qui est à la fois non saisie immédiatement et partie d'une mémoire collective.
I. IMMIGRATION ITALIENNE DE BELGIQUE
1. L’étranger nécessaire
Le fils de l'immigré italien naît dans une situation de marginalisation : cette marginalisation caractérise l'enfant de tout ouvrier mais dans notre cas il y a, de plus, le fait aggravant de l'immigration.
Les parents ont émigré "par besoin" et, poussés par un impératif économique, ils sont entrés dans un mécanisme qui exige "1 'étranger nécessaire" .  
Il existait alors une conjoncture internationale à l'origine de ce fait.
A. L'Italie de l'après-guerre
L'Italie est aux prises, après la deuxième guerre mondiale, avec une situation difficile: la reconstruction, la pauvreté chronique, le manque de matières premières, l'industrialisation balbutiante et l'impossibilité d'offrir un travail à tous.
Ce sont les problèmes structurels de toujours, aggravés à la fin de la deuxième guerre mondiale par suite du déséquilibre global entre population et disponibilités des ressources productives .
Une des soupapes de soulagement de cette tension dans tous les domaines est... l'émigration. En cent ans, de 1876 à 1976, (années dont on a pu faire les relevés statistiques), 25.800.000 personnes ont été "obligés" ou ont "choisi" d'émigrer . Ce tableau peut donner l'idée et l'ampleur de l'émigration italienne: un phénomène structurel et conjoncturel en même temps.
 
Expatriations de l'Italie (1876-1976) vers l'Europe et vers les nations extraeuropéennes48.
B. La Belgique et la "bataille du charbon".
a. L’après guerre
La Belgique aussi sortait de la guerre et, pour sa reconstruction nationale, il lui était indispensable d'extraire son charbon, sa seule source d'énergie. Il fallait gagner "la bataille du charbon" mais le recrutement d'ouvriers s'avérait difficile.
Le gouvernement cherchait à parer au plus pressé en offrant aux mineurs des faveurs particulières dans le "statut du mineur". Ces avantages sociaux financiers et moraux s'avérèrent cependant encore trop faibles pour décider un nombre suffisant de Belges à descendre dans la mine; au contraire, le manque d'ouvriers de fond augmenta et le gouvernement d'alors préféra ne pas laisser jouer à fond la loi du marché de l'offre et de la demande.
La mobilisation civile des ouvriers fut décrétée et en même temps fut organisé le recrutement de prisonniers de guerre allemands.
Plus de 40.000 prisonniers furent mis au travail, mais ils ne pouvaient être détenus que durant quelques mois. La Belgique, devant les remplacer rapidement, fit appel à la main-d'œuvre italienne et aux réfugiés de l'Europe de l'Est: l'immigration créa un marché secondaire et parallèle du travail49.
b. L'immigration
                                                
48 G. ROSOLI, op. cit., p. 1 3
49 Cfr. A. MARTENS, Les immigrés. Flux et reflux d'une main-d'oeuvre d'appoint, La politique belge de l'immigration de 1945 à 1970, Louvain, EVO, 1976.
A. MARTENS, Marché du travail et immigration dans Immigrés en Europe après la crise, FERES Louvain-la-Neuve, 1978, p.29-84;  
Les problèmes socioculturels des immigrés dans Cahiers lEB, 1971 n° 4, p.253-260
Cette option réduisait le coût du renouvellement des instruments de travail et affaiblissait la capacité contractuelle du mouvement ouvrier autochtone, en faisant régresser les luttes syndicales et en créant une aristocratie ouvrière; cette option créait "un marché parallèle du travail" et une "armée industrielle de réserve" disponible, vu son état de besoin extrême.
L'offre de travail à des hommes, qui venaient de l'étranger et qui constituaient une masse disponible et pauvre, n'était pas dictée par des fins humanitaires ou caritatives mais par des calculs purement économiques: prouve en est que l'élargissement ou la réduction de la demande d'importation de la main-d’œuvre obéissait fondamentalement à ces besoins économiques.
On fait appel à des "travailleurs et non à des hommes, on fait appel à des mercenaires"50.
c. Une migration économique
Telle fut la caractéristique fondamentale de l'immigration italienne en Belgique: ce n'était pas un groupe d'immigrés pour motifs politiques ou religieux mais un groupe déjà prêt au travail, un groupe qui obéit aux impératifs structurels du marché du travail dans un contexte capitaliste et dans une conjoncture internationale particulière.
2. Accueil
A. Accueil économique
Pour ces motifs on organisa un départ et un accueil rapides. L'urgence d'introduire cette force travail dans le circuit économique belge de production du charbon demandait ce type de recrutement.
B. Accueil social
Dans le tissu social, les nouveaux arrivés doivent se contenter de la dernière place. Leur classe sociale sera la classe ouvrière et ils s'inséreront parmi les derniers arrivés. Pour la majorité d'entre eux, d'origine rurale, c'est une classe nouvelle: ils découvriront petit à petit des nouvelles méthodes d'action, des nouveaux buts et des nouvelles stratégies.
                                                
50 cfr. S. CASTLES, G. KOSAK, Immigrati e classe operaia in Europa dans Lotta di classe e integrazione europea, Pistoia, n° 1; p. 21-40;
A. SERAFINI, L'operaio multinazionale, Milano, Feltrinelli, 1974, p. 9-17;
M. CASTELLS, Travailleurs immigrés et lutte de classe, dans Politique aujourd'hui, 1975, n° mars-avril, p. 5-27 _
C. Accueil politique
Dans le domaine politique, les Italiens ne pourront pas jouir de leurs droits politiques et civiques, parce que pour 1e pays le seul intérêt est celui lie leur force de travail qu'il peut exploiter. Quant à l'immigré cela ne l'intéressait pas non plus parce qu'il n'était en Belgique que provisoirement.
Les immigrés italiens sont de plus "étrangers" aux grands problèmes qui agitent l'Etat belge et qui historiquement passionnent et divisent la population autochtone: notamment la question royale (1946-1950), le problème scolaire (1953-1958) et la question régionale (Wallons-Flamands).
D'autre part, l'immigré perd pratiquement tous les droits qu'il avait dans son pays d'origine.
A cause de sa situation provisoire et précaire il sera et restera un "clandestin de la démocratie".
D. Accueil culturel
S'il est vrai que du point de vue culturel, les Italiens entrent dans une société différente de la leur, une société déjà constituée avec son histoire, ses structures, sa classe dominante, sa culture et ses coutumes; il est vrai aussi que, au départ, leur bagage culturel est riche mais fragile, d'autant plus qu'ils n'ont pas la préparation et les moyens pour l'exprimer .
E. Marginalisation
Leur marginalité économique sur le marché de l'emploi se répercute, d'une façon encore plus évidente, sur le plan social, politique et culturel: là, même, leur présence est ignorée.
La Belgique ne leur accorde que l'accueil que nous avons appelé "économique.
3. Abandon de l'Italie
Dans cette situation pénible il n'y a pas eu d'aide véritable de la part  de l'Italie, même si sur le papier le migrant restait de plein droit citoyen italien.
Au-delà des belles et poétiques expressions, telle "ambassadeurs d'Italie", l'accompagnement de l'Etat italien a été pratiquement nul soit à cause des nombreux et graves problèmes qui subsistaient dans le pays, même après un départ aussi massif de citoyens, soit à cause du manque d'un réel intérêt politique, soit, encore à cause de l'énormité du problème que posait la présence à l'étranger de tant de millions de ressortissants italiens.
Les autorités diplomatiques et consulaires se sont cantonnées dans l'assistance et le dépannage, mais jamais il n'y eut ni réelle volonté de promotion de l'émigré, ni connaissance et analyse approfondies de ses problèmes .
4. Groupe social italien
A. Vision personnaliste de l'émigration
La marginalité structurelle n'est pas appréhendée ni perçue par l'émigré italien dans sa complexité de phénomène typique de classe mais elle est vécue et vue seulement sur le plan personnel.
L'émigrant se sent vendu pour un "sac de charbon", mendiant du pain et du travail, étranger dans un pays qui ne le comprend pas et qu'il ne comprend pas  à fond, il se voit obligé par "l'obscure malédiction du besoin d'accepter "une vie d'enfer" pour pouvoir réaliser le rêve de retourner "chez lui".
La rigueur du travail dans la mine n'est qu'une parenthèse, le retour est un point fixe des rêves et des conversations : c'est le mythe du retour.
N'étant pas un émigré politique, il n'a pas récusé son monde d'origine.
Un sentiment contradictoire de haine-amour le tient lié aussi bien au pays qu'il a quitté qu'au pays du "gagne-pain".
B. Valorisation de la famille
Le bouleversement socioculturel, la tension due au dépaysement, à l'insécurité et à la méfiance généralisée, la marginalité et l'état provisoire sont atténués et compensés par la possibilité d'avoir la famille avec soi.
La valorisation qu'il ne peut trouver dans la société, il peut la trouver dans le cadre familial restreint ou élargi. Les 24 ou 48 heures de voyage qui l 'avaient déraciné de son monde rural et introduit  d'une manière subite dans un monde industriel, ce détachement forcé, violent et "provisoirement définitif" trouve sa compensation dans un milieu familial qui redouble d'importance, qui devient lieu de continuité et d'affirmation, lieu de valorisation et de récupération.
C. Une colonie
Un autre élément allège et empêche une lecture catastrophique de cet état de choses: le fait de sentir nombreux dans la même situation.
Ils ne sont pas perdus et isolés, mais ils sont suffisamment nombreux pour pouvoir s'affirmer en une "colonie avec ses caractéristiques propres, capable de menacer l'originalité socio-culturelle des autochtones53.
Ils ne sont pas une force collective et organisée, mais ils peuvent être vus ainsi de l'extérieur ou en donner l'impression.
Cette dialectique entre les deux groupes socioculturels des autochtones et des Italiens immigrés, même en conditions d'inégalité évite l'aplatissement et l'assimilation tout court et permet de ne pas trop pénaliser et culpabiliser ceux qui sont "autres".
                                                
53 L. DINGEMANS, F. HOUTART, op. cit. , p.52
Les Italiens en Belgique sont de plus en plus nombreux:
84.134   en 1947  
161.495 en 1954  
200.086 en 1961  
254.294 en 1966
Ils sont concentrés certains centres miniers industriels.
Dans le Hainaut il sont  
39.483 en 1947  
88.895 en 1954  
102.166 en 1961  
121.973 en 1966
(source: J .MENEGOLLI, Les Italiens sont-ils intégrables?,s. l., ISCO, 1970 p. 56 (mémoire)
Les motifs qui tenaient les nouveaux arrivés italiens unis allaient de la nostalgie de la même terre d'origine au même travail et mêmes difficultés, du même passé, langue et traditions aux mêmes logements (au début dans les baraques, et dans les habitations des divers charbonnages par la suite), des mêmes rapports avec la bureaucratie à la même marginalité socio-politique.
Les lieux de rencontres, créés peu à peu, tels que les magasins, cafés, cantines, salons de coiffure, centres missionnaires ou paroisses nationales..., favorisaient une certaine union et empêchaient le mimétisme et l'assimilation à la société belge. Ils conservaient et créaient une culture italo-immigrée avec sa langue, son histoire récente, ses peines et ses fêtes.
Tout ceci constituait une certaine force non organisée et non consciente qui avait son poids: c'était une garantie vis-à-vis de l'extérieur.
5. Evolution
Cette population ne s'est pas figée, après le premier contact avec la nouvelle société, mais elle a connu une évoluti0n continue, qui l'a transformée progressivement et profondément.
Depuis 1947 la Belgique a accueilli sur son territoire 3.700.000 immigrés. Pour 870.000 qui ont "choisi" de rester, 2.800.000 s'en sont allés: les uns sont morts, les autres ont gagné d'autres lieux. Parmi ceux qui sont venus, 160.000 seulement ont jusqu'en 1976 accédé à la nationalité belge .
Plus du quart des résidents étrangers installés en Belgique (240.000 sur 870.000) n'ont pas connu le pays dont ils ont la nationalité: 27% de "nos étrangers" sont en effet nés dans le royaume .
Ces données, sur les immigrés en général, manifestent les modifications qui sont intervenues au sein de la collectivité immigrée.
A. Importance structurelle
Aujourd'hui la population italienne est présente non seulement dans les mines, comme le prévoyait le contrat primitif, mais dans tous les secteurs fondamentaux ou de base de la société industrielle, tels la sidérurgie, la construction et la chimie.
Composition professionnelle de la collectivité italienne en  Belgique (310.203)
56
Cette présence diversifiée rendit, à brève échéance, l'apport italien pratiquement irremplaçable; objectivement il ne fut donc plus un apport provisoire, comme on avait tendance à le considérer durant les premiers temps57.
B. Protection C.E.E.
En 1958, la réglementation, au sein de la C.E.E., de la libre circulation de la main-
                                                
56 G. BORDONARO, Inserto Belgio, evoluzione di una collettività, dans Notizie e fatti dell'emigrazione, Anfe, 1980, n° 1, p. 13
57 A .PERROTTI, L'immigration en France, Paris, Service National de la pastorale des Migrants, 1978, p. 13-15
d'oeuvre a supprimé chez l'Italien la peur d'un retour forcé et a permis de résoudre pas mal de problèmes.
C. Acculturation
De nombreux facteurs sont intervenus pour "re acculturer" le group italien qui avait "choisi" de rester: la relative richesse économique des familles, la scolarisation des enfants, l'impossibilité de la part de l'Italie de fournir du travail décent à tout le monde, la connaissance et la participation à une nouvelle culture, la culture ouvrière, l'apprentissage de la culture be1ge dominante et la stagnation de la culture maternelle. Tous ces éléments ont enrichi et acculturé la collectivité italienne d'une façon originale.
La culture d'origine, auparavant marginalisée et dominée, est progressivement acceptée sans grandes difficultés à condition qu'elle reste ou apparaisse plutôt folklorique.
D. Modification du "Mythe du retour"
Le "Mythe du retour" est ébranlé lentement et profondément, le souvenir devient de plus en plus dépassionné. Le "nouvel arrivé" s'est "adapté" progressivement au "nouveau milieu". Ceux qui restent portent en eux un passé douloureux ainsi que la conviction et la certitude qu'ils ne "retourneront plus": beaucoup en éprouvent une certaine désillusion mais font preuve de réalisme et de résignation.
De l'état provisoire intégral ne reste que l'état provisoire psychologique.
E. Liens privilégiés avec la "Mère patrie"
Il reste un certain lien, plus ou moins intense, avec le milieu d'origine à travers les rapports épistolaires et le retour ou "pèlerinage", en temps de vacances, au petit village natal ou familial.
Si cela constitue un "redécouvrir ses origines" et un "renouer les liens" avec "la famille" qui est restée, cela constitue aussi un "se retrouver étranger" même dans son propre pays, à cause des changements qui se sont opérés entre-temps dans la culture des intéressés et à cause des modifications sociales, politiques et culturelles survenues dans le pays d'origine.
II. LA DEUXIEME GENERATION
La deuxième génération italienne est née et a grandi, consciente ou non, dans ce milieu et dans le moment du passage de la marginalisation quasi globale à l’adaptation dans la société d’accueil, entre le monde immigré d'origine et le monde autochtone d'acculturation.
1. Données
A. Terminologie
On peut appeler deuxième génération les enfants des immigrés italiens, qui sent nés ou qui, venus en Belgique en bas-âge, y ont grandi.
En parlant ainsi, on privilégie le rapport avec leurs parents et leur pays d'origine, mais on ne souligne pas suffisamment le processus d'acculturation et de socialisation vécue par cette génération dans le pays d'accueil.
On pourrait parler de cette génération comme d'une génération "zéro" mais, si cette dénomination souligne la diversité des deux milieux, elle risque d'être perçue plus négativement que positivement.
Dans notre travail nous utiliserons l'appellation de deuxième génération, déjà communément, employée, et cela malgré son ambiguïté.
B. Force numérique
L'importance numérique de la deuxième génération est bien visible dans ces tableaux:
Année 1979 - Italiens résidents en Belgique par catégorie d'âge et de sexe (14).
Pour rendre plus évidente la distribution par âge et par sexe de la population italienne en Belgique voici sa pyramide :
Population belge et étrangère de l'Arrondissement Charleroi selon l'âge et le sexe en 1970  
 
Ces données statistiques nous disent l'ampleur numérique des jeunes italiens en Belgique: 61% ont moins de 30 ans.
Ces éléments font réfléchir. On comprend aisément comment, "dans le seul arrondissement de Liège, les enfants étrangers représentent 26% des élèves des écoles primaires; on constate le même pourcentage pour les élèves d écoles gardiennes. Dans certaines communes de Bruxelles, notamment à St. Gilles et St. Josse-ter-Noode, il n'est pas rare de voir des écoles compter 75% d'enfants étrangers" .
Il est vrai que nous n'avons pas de statistiques exactes sur la deuxième génération, telle que nous venons de la définir, mais nous avons de bonnes raisons de croire que sa présence est importante.
C. Identité
Cette génération a ses interrogations propres. C'est une génération à la recherche de son identité, de son lendemain et de son équilibre dans la société belge. C'est une génération qui a besoin de savoir qui elle est pour pouvoir participer à part entière dans cette société. Etre pour participer: voilà son problème.
Aura-t-elle un rôle secondaire comme les parents ou aura-t-elle un rôle constructif? Aura-t-elle sa place dans l'éventail pluraliste tant vanté dans le monde d’aujourd’hui? A-t-elle une physionomie propre?
2. Au carrefour d'influences
A. Famille
C'est dans la famille, qui, à cause du fait migratoire, se présente avec une force et un relief tout particulier, que ces jeunes ont acquis leur plus importante socialisation, fût-ce de façon inconsciente. Mais, comme toujours, les influences les plus profondes et les conditionnements les plus significatifs sont les moins conscients et les moins quantifiables.
Déracinement et état provisoire, difficulté de se situer dans la société belge, culture italienne mal reçue et infériorisée, surcharge de responsabilité, due aux frustrations des parents, de combien de manières et avec quelle intensité n'ont-ils pas influencé les enfants des migrants italiens?
B. Milieu autochtone
Le milieu autochtone belge a aussi exercé une influence importante. Les jeunes de la deuxième génération sont toujours en contact avec ce monde: là ils ont grandi et mûri, là ils deviendront des adultes.
Le contact de 6 à 14 ans avec l'école obligatoire, où les enseignants, les programmes et la langue sont du groupe dominant, ne peut qu'avoir des conséquences profondes pour tous: on y propose le modèle de vie dominant, c'est-à-dire les comportements, les habitudes et les images-guide61.
Les moyens d'information offrent et "filtrent" des faits, des propositions, des évaluations qui renforcent, reproduisent et confirment la culture dominante.
Les structures politiques, sociales, culturelles et de divertissement sont offertes par le pays dans lequel ils vivent et elles font partie d'un univers global qui est cohérent et donc puissant.
L'Etat belge est intéressé à la nouvelle génération immigrée pour des motifs démographiques, sur conseil du rapport Sauvy (1960)62.
Ceci ne le poussera pas à privilégier leur originalité mais à bander ses forces pour intégrer cette génération.
                                                
61 Voir l'enquête parmi les jeunes italiens en Grande Bretagne dans Studi emigrazione Etudes migrations,  1978, n° 51, p. 299-323.
62 cfr. A. SAUVY, Rapport sur le problème de l'économie et de la population en Wallonie,
Liège,  ed. CEW, 1962.
Voici le schéma élaboré:  
     moyens                         opportunités
             ▼▼                               ▼▼
                         modèles de
──────── comportement
────────
               VALEURS PRIMAIRES
                               ▲▲
                            Valeurs
                            Filtrage
                        Motivations
plan factuel SOCIALISATION  
INSTITUTIONNELLE
                          
   
plan cultural SOCIALISATION
PRIMAIRE
 
C. "La planète des jeunes"
La deuxième génération est encore insérée et enracinée dans le "monde jeune" qui depuis quelques années a acquis sa propre physionomie faite d'espoirs et de désillusions, de marginalité et de consommation, d'aspirations et de tentatives. "Depuis une vingtaine d'années, la génération des jeunes est considérée e comme une catégorie sociologique et culturelle largement autonome.
Cette génération est une entité identifiable, ayant de nombreux traits communs, elle est consciente d'elle-même et solidaire. Et la société elle-même considère les jeunes comme un groupe à part" .
D. Milieu ouvrier
Ces jeunes Italiens font aussi partie du monde ouvrier et ils en sont une émanation. Ils sont enracinés dans ce monde ou dans cette classe sociale: c'est là leur milieu.
Il n'est pas possible d'avoir une "photo" du jeune d'origine italienne sans tenir compte de ces divers éléments qui le conditionnent: la famille et milieu immigré italien, société globale e autochtone, monde de jeunes et milieu ouvrier.
3. Esquisse d'un portrait
A. Des traits
Il nous semble que les caractéristiques dominantes de la deuxième génération sont les suivantes:
1. une importante persistance de comportements familiaux et de relations parentales,
2. une surcharge de responsabilité, due aux frustrations des parents qui cherchent une compensation dans la réussite et valorisation de leurs enfants et due aussi aux attentes des Belges à leur égard,
3. une culture italo-immigrée faible, mais avec un important investissement affectif, idéalisé parce que sans support réel et sans vraie connaissance des lieux, des traditions et des milieux, infériorisée par la culture structurée et dominante et enfin folklorique,
4. des traits de la culture belge qui fournissent, dans une position de force et de prestige, des modèles de comportements avec langue, idéaux et modes de vie,
5. et enfin une position ambiguë et défectueuse dans la société belge, en raison d'un état psychologique du provisoire, hérité de leurs parents, en raison aussi d'une nationalité italienne conservée légalement mais non nourrie culturellement64, en raison d'un manque de participation et d'intérêts politiques vu leur non-citoyenneté, en raison enfin d'une faible possibilité d'ascension économique, due au fait d'une série de débouchés leur sont interdits.
Il est clair qu'ils n'ont pas encore trouvé leur vraie identité. Ils portent dans leur chair l'hérédité des parents mais leurs pieds sont bien en Belgique! Ils ne sont plus Italiens "comme" les parents et encore moins Italiens "comme" les Italiens d'Italie.
D'un autre côté, ils ne sont pas non plus des Belges à part entière.
L'ambiguïté légale et culturelle et la double appartenance fait que seulement 43,5% de ces jeunes ont le projet manifeste de rester en Belgique: c'est beaucoup moins de ce qu'on pouvait supposer en considérant les jeunes "complètement intégrés"65.
                                                
64 Voici le nombre de changements de nationalité parmi les Italiens en Belgique:
en 1946-1967 sont devenus Belges 1
.305
1968 255 sur 254.000
Italiens
1969 528 260.922
1970   473
1971   343  
1972 148
1973 335        267.779
1974 548 277.371
1975 426 286.301
1976 707 294.579
1977 s.d. 315.084
1978 664 310.203
Source: M.A.E., Problemi del lavoro italiano all'estero, Roma, Ministero degli Affari Esteri, 1970, 1977, 1978.
65 F. DASSETTO, R. POZZO, L'identità nazionale dei figli d'immigrati in Belgio; l'assimilazione non è per domani dans Proposte sociali Europa, Roma, IPAS, 1979, n° 1, p. 30
B. Position ambivalente
Ils sont en position" zéro" : le milieu familial et la société ont des attentes et des propositions différentes. L'image de soi et l'image des autres qu'ils se forment tantôt dans leur milieu et tantôt dans l'autre sont parallèles et étrangères l'une à l'autre; la culpabilité agit dans les deux sens et, par son principe même, confirme les deux systèmes à la fois!
C'est une position ambivalente, ambiguë, critique mais riche d'ouverture.
Le parallélisme et/ou le conflit entre famille et société peut, en théorie, se résoudre de différentes manières.
Le jeune cherche à éliminer un élément du conflit en refusant la société: la société de sen côté le refuse et il sera condamné à la marginalisation.
Le jeune peut, au contraire, refuser la famille: la famille alors se ferme à lui et il sera un déshérité affectif.
Si le jeune tente un compromis, et dans la société se met d'accord avec la société tandis qu'en famille il se met d'accord avec la famille, il sera un homme déchiré et dissocié psychologiquement et ne sera plus d'accord avec lui-même.
Enfin le jeune peut réussir à voir consciemment et à assumer sa situation ambiguë: il sera avant tout d'accord avec lui-même et en rapport, dialectique mais fécond, avec le milieu familial et social.
Cette rapide esquisse macro-sociologique nous donne le statut et la situation socioculturelle générale de la deuxième génération: une position de départ qu'on ne peut nier et qui existe pour tous, quel que soit le résultat final.
III. COMPORTEMENT RELIGIEUX
S'il est vrai que chaque religiosité est incarnée, on peut se demander où en est celle des jeunes de la deuxième génération.
Leur situation, déjà compliquée au niveau de la perception de leur personnalité, est encore plus embrouillée du point de vue religieux. Le moment historique, dans lequel ils se trouvent, est à cheval entre une religiosité rurale et une religiosité industrialisée mais toujours traditionnelles et populaires, d'une part, et, d'autre part, la religiosité post-conciliaire certainement moins traditionnelle et populaire.
1. Propositions religieuses familières
La religiosité de la famille italienne immigrée était ancrée dans le monde rural, rythmée par les temps et les saisons et bien implantée dans le milieu et dans la communauté de départ jusqu'à s'y confondre.
Les parents immigrés avaient une religiosité collective, faite de gestes, de mythes et de rites, faite d'histoire, de sentiments et d'exaltation populaire, bien enracinée et partagée dans le milieu historique et géographique du départ.
C'était une religiosité populaire en ce sens qu'elle était plus instinctive que réfléchie, plus riche de rites que de formation personnelle. Elle s'appuyait sur les leaders et tenait compte du contrôle exercé par le milieu.
Il s'agissait d'une religiosité rurale et les idées de providence, de fatalité et de sacralité avaient une importance capitale. Cette expression religieuse avait son humus dans la campagne et elle puisait là sa culture d'expression.
Il est clair qua cette religiosité, privée subitement de son milieu et de sa communauté, et transplanté directement en milieu urbain et industrialisé belge a été secouée et infériorisée. De plus, elle ne possédait pas de contenu suffisamment personnalisé et solide ni de maîtrise des moyens d'expression pour se conserver et s'adapter à des nouvelles exigences et sollicitations.
Elle n'a jamais acquis un véritable équilibre nouveau.
2. Propositions religieuses autochtones
La religiosité rencontrée par l'Italien, dans le milieu belge était profondément différente bien qu'également catholique et elle était en crise.
Inséré dans le monde industriel et urbain, le catholicisme autochtone était plutôt un catholicisme privé et soustrait à un contrôle social excessif. Il n'avait investissement affectif et collectif aussi évident que celui de l'Italien. Il s'insérait, en plus, dans une Wallonie divisée historiquement entre catholiques et socialistes et atteinte par l'athéisme pratique et par l'abandon de beaucoup de pratiquants : c'était l'incroyance et non la foi en Dieu, qui devenait de plus en plus naturelle.
L'industrialisation, l'urbanisation, la mentalité technique avec sa démarche positive avaient, entre autres, renversé les idées de providence, de fatalité, de temps et de sacralité.
La religiosité autochtone était plus calme, "sérieuse", intime et personnelle, elle mettait au défi toutes les manifestations italiennes venant du "moyen age", elle était tributaire et nourrie par la culture bourgeoise des classes moyennes.
Le milieu ouvrier, par contre, n'est pas très présent dans cette Eglise, par suite du manque de sensibilité des pasteurs et par suite aussi de l'absentéisme des ouvriers.
3. Concile Vatican II
Ces deux types de religiosité ont été mis en crise par l'avènement du Concile Vatican II, qui a fortement rénové et secoué les acquisitions et les formes routinières. Il a été en effet un évènement de réflexion, de clarification et de rupture par rapport au passé à travers ses requêtes d'une présence plus réelle et plus prophétique dans le monde d'aujourd'hui, à travers la demande d'une écoute attentive de l'homme d’aujourd’hui.
Tout ceci portait à souligner, entre autres, l'accroissement de la maturité personnelle, la liberté de conscience, la reconnaissance de la diversité dans l'unité, l'ouverture au monde, le retour à l'essentiel. Tout ceci conduisait aussi à donner la première place à la Parole et aux formes verbales.
La réalisation pratique, certainement généreuse mais hâtive ou maladroite, a créé un mouvement de rupture et d'incertitude à l'intérieur des diverses formes de religiosité préexistantes.
Pratiquement et dans le peuple, se maintient jusqu'à nos jours une certaine schizophrénie entre hier et aujourd'hui, entre passé et présent, entre tradition et innovation. La religiosité populaire, rural ou urbaine, a connu un soubresaut bénéfique et salutaire mais pas toujours sans douleur. L'abandon de la pratique religieuse et l'indifférence ont augmenté.
4. La société contemporaine et le milieu juvénile.
Le moment actuel est, en général, caractérisé par la crise des systèmes de croyance et de morale, par la diminution de l'importance de la religion, par la baisse de la foi et de la pratique religieuse .
Ceci est lié à des difficultés particulières inhérentes au monde de la jeunesse. En effet, le jeune contemporain prise les valeurs d'épanouissement, de liberté et d'expérience personnelle. Mais la religion est perçue par beaucoup comme étant à l'antipode de ces valeurs-maîtresses: elle est vue plus comme sacrifice que comme épanouissement, plus comme culpabilisation que comme encouragement.
L'Eglise est saisie plutôt comme une structure fermée et hiérarchisée. De plus, dans les familles chrétiennes, la foi est quelque chose à transmettre: elle devient ainsi un signe distinctif de la famille.
Mais quand le jeune contexte son milieu familial il mêle et bouleverse tout .
5. Une conclusion
Les jeunes italiens, qui sont bénéficiaires des différents éléments culturels fournis par la famille, par la société belge et par le milieu juvénile et qui vivent intensément leur époque, vivent différentes crises superposées.
Le fait que le plus grand nombre des jeunes de la deuxième génération se dit catholique ne veut pas dire grand-chose: il est difficile de clarifier et expliquer ce que cela signifie68
Le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils sont dans une situation objective difficile pour faire un choix libre, serein et efficace. La foi est un choix personnel qui engage et qui est déjà difficile dans des situations normales; elle engagera davantage et deviendra plus difficile quand les points de références culturels et religieux sont en crise.
La position complexe et ambiguë du jeune italien est tributaire de différents "segments" religieux non-integrés.
Ceci accentue la complexité du choix et peut porter facilement au non-choix ou à l'incapacité du choix.
IV. CONCLUSION
Ce rapide examen macro-sociologique nous a permis de dégager le mécanisme de marginalisation et nous a permis aussi de souligner la situation particulière d'"état provisoire": l'un et l'autre marquent profondément l'immigré et ses enfants, même si c'est d'une façon inconsciente. Il n'est pas une question de bonne ou mauvaise volonté de la part des immigrés ou des autochtones, il s'agit d'un système qui dépasse les individus et qui les conditionne.
                                                                                                                                                             
66 En Suisse et en Allemagne 94-95% des émigrés interviewés (également parmi les couches jeunes) s'affirment catholiques. Sur cette profession de foi massive, l'ancienneté migratoire n'a pas d'incidence. Une donnée massive aussi compacte se prête difficilement à un approfondissement de la religiosité. Elle indique seulement que personne (même parmi les jeunes) ne pense à renier son appartenance religieuse traditionnelle. L. FAVERO G. TASSELLO, La religiosité de l' émigré italien. Enquête en Allemagne, Suisse et Grande-Bretagne, dans Social Compass, 1979, n° 1, p. 111.
III PARTIE
SOCIALISATION DE LA DEUXIEME GENERATION
Le processus de socialisation des enfants des immigrés italiens dans le cadre socioculturel, dont nous avons esquissé les traits les plus saillants. Du contexte général et du milieu particulier, l'individu reçoit son statut social de départ: ensuite il pourra le modifier sans, pour autant, le changer radicalement.
On sait d'où une personne part (et encore!) mais dans une société en transformation constante comme la nôtre on ne sait pas où elle arrivera.
Le nouveau-né est, tout de suite, pris en charge par la société et il doit se conformer au rythme de celle-ci. Introduit dans les us et les coutumes, les comportements, le savoir-faire et les idées de la société, il fera peu à peu son apprentissage social, il formera son héritage culturel et se préparera aux multiples rôles qui l'attendent.
Ce processus de socialisation toujours "in fieri" demande la présence des agents de socialisation. Si nous reprenons le schéma qui a déjà été décrit dans notre première partie, nous voyons que la famille, l'école et les pairs ont une place fondamentale dans la socialisation des enfants et des adolescents et que les mass-media et l'Eglise, n'y occupent qu'une place plus secondaire.
Dans la troisième partie de notre exposé nous essayerons de voir comment la deuxième génération, qui est objectivement et structurellement dans une situation critique et complexe grandit et s'insère personnellement dans cette société, comment agissent et réagissent les différents agents socialisateurs et avec quelles conséquences.
I. AGENTS DE SOCIALISATION
1. La famille  
A. Importance
Nous avons relevé, dans la partie théorique, le rôle fondamental et particulier de la famille durant l'enfance et souligné son activité spécifique dans la constitution de la personnalité: il s'agit d'une présence continue auprès du jeune.
Cela commence dès la première socialisation, qui va de 0 à 6 ans, où la famille a le monopole de l'éducation.
Au cours des premières années de vie l'enfant, qui est dans un état de besoins, doit trouver une réponse immédiate et amoureuse. Les besoins physiques, sociaux d'auto-estime et d'auto-réalisation sont fondamentaux et seul le foyer peut les satisfaire.
La famille porte tous les problèmes de statut social, économique et autre et elle investit dans le nouveau-né une partie de son avenir.
D'après l'enquête de R. Rezsohazy, 82% des jeunes en sont conscients et voient dans les parents les principaux responsables de l'éducation .
B. Un rôle nouveau
Aujourd'hui, beaucoup de parents ne se sentent pas préparés au défi que leur lance la jeunesse, surtout depuis les années 60. Ils affrontent en effet des situations jamais connues: leur influence est de plus en plus concurrencée par des influences extérieures incontrôlées; leurs enfants jouissent d'une liberté grandissante, ils n'acceptent pas l'autorité sans en connaître les raisons et ils désirent tout expérimenter par eux-mêmes.
On doit constater aussi que les parents possèdent des habitudes, mais manquent souvent de convictions fermes. Ils ne sont pas à même de donner les motifs de leurs comportements et de leurs valeurs .
La crise de l'éducation, à l'intérieur de la crise de civilisation que nous traversons, consiste dans l'absence d'une image sécurisante offerte par les adultes et dans l'absence de modèles acceptables.
Les parents n'assurent plus, comme auparavant, un leadership crédible. Quant aux jeunes, ils ont besoin, aujourd'hui comme hier, de trouver à côté ou en face d'eux des personnes sûres, cohérentes dans leurs paroles et leur vie.
C. Famille en contexte social défavorisé
Après les constatations faites dans notre deuxième partie, nous pouvons partir du présupposé que les jeunes de la deuxième génération italienne font parties des couches sociales les plus modestes de la société belge.
A quelle image aboutit la recherche de M. Rezsohazy sur le jeune d'origine modeste?
Au départ, les conditions de vie pour ce jeune sont plus difficiles: "il doit partager sa chambre, il a moins d'intimité, on s'occupe moins de lui, il est davantage laissé à luimême, il dispose de moins de facilités, il est moins soutenu dans ses efforts et la violence est davantage admise dans son milieu comme moyen de résoudre son conflit" .
Une famille modeste est fortement conditionnée par le milieu soit dans les espoirs qu'elle a mis dans enfant, soit dans les valeurs qu'elle lui propose, soit encore dans les relations qui existent en son sein.
Les espoirs des parents orientent la personnalité de l'enfant et ils sont diversement soulignés selon les couches sociales. Un milieu modeste attend de l'enfant une réussite dans les études, capable de lui donner du travail et de lui assurer un avenir professionnel, si possible, une réussite qui dépasse la condition pénible des parents .
Ces espoirs s'accompagnent d'une éducation plus stricte et plus sévère que celle des autres jeunes: en fait, plus les parents ont étudié, plus ils sont ouverts au dialogue, plus ils sont disposes à changer le type de rapport avec leurs enfants; moins ils ont étudié, moins ils sont cultivés ou moins ils ont progressé socialement, plus ils sont liés à des schémas du passé et plus ils sont rigides et exigeants .
Les sujets et les préoccupations de leurs conversations seront le travail et l'avenir professionnel; les loisirs et les fréquentations viendront en deuxième place et, en dernier, la religion .
D. Famille immigrée
La situation des couches sociales modestes se complique encore plus pour une famille italienne immigrée, problèmes culturels et sociaux spécifiques.
a. Investissement affectif et dépassement social
Il est certain que les parents investissent au maximum dans leur famille et dans leurs enfants pour pouvoir à travers eux et dans un avenir rapproché, sortir de leur situation de marginalité. A cause du déracinement social et de la rupture culturelle, la famille et devenue le lieu de valorisation des parents, de leur continuité culturelle et de leur compensation affective: "je veux que tu sois bien! Je ne veux pas que tu connaisses ce que moi j'ai connu!" .
Cette soupape de soulagement à une frustration devient un investissement jaloux qui ajoute un droit "de possession sur l'enfant"; quitte à être une désillusion dans un second temps.
La socialisation, dans ce cas, est plus inconsciente et spontanée que consciente et programmée.
Le jeune en famille est un "roi": il n'a pas de préoccupations pratiques ou d'ordre matériel; il s'en apercevra seulement lors de son mariage .
Les parents, eux, sont préoccupés d'assurer à l'enfant un lendemain sans soucis, plus au garçon d'ailleurs (A 406 ss) qu'à la fille (A 490).
b. Passé
"La famille, durant les années de formation, "enterre" dans le psychisme des jeunes tous les échecs, tous les complexes, toutes les questions qui sont restées pour elle sans réponse" . Le jeune immigré n'en a pas une conscience évidente mais il semble, qu’après le mariage, il y ait une redécouverte du père qui allait quasiment "mendier" le pain pour donner à manger à ses enfants. "S'ils n'étaient pas préoccupés des enfants, ils auraient pu s'en tirer seuls en Italie, mais, en ayant des enfants, ils ne pouvaient pas continuer ainsi!" (A 313 ss; 105; 143 ss; 299 ss).
Le document pontifical sur la mobilité humaine parle de "chocs profonds provoqués par l'arrachement à sa propre terre et par la difficulté d'adaptation dans un nouveau milieu"  ; quelle répercussion, même inconsciente, ces réalités auront-elles sur les enfants?
Emigration (A 128 ss; 166 ss; 170 ss), premier travail (A 150), langue (A 129;145ss), difficultés administratives (A 505ss), misère et pauvreté (A 141): ce sont des expériences passées qui provoquent une certaine tendresse mais qui semblent rester dans le domaine du passé évoqué par les souvenirs (A 165 ss).
c. Distance parents-enfants
A la distance d'une génération à l'autre, il faut ajouter la distance culturelle, due à une acculturation différente des enfants. Un exemple significatif: en famille les parents parlent italien ou plus souvent patois régional, tandis que les enfants répondent en français (A 0,2ss; 104; 442 s).
De cette distance nous avons déjà longuement parlé dans la partie macrosociologique.
d. Enfants
Quelle est l'idée que les jeunes se font de leur famille?
"La famille donne "affection" (A 109; 295)", "elle est tout" (A 91, 115), "c'est un support indispensable", c'est "une introduction à la vie".
Le fait que père et mère n'ont pas une place importante dans la société (A 100; 190), qu'ils sont frustrés et sans voix et que toute leur importance, ils l'ont enfermée dans leur foyer et dans le cercle familial (A 302 ss) : tout pèsera-t-il dans la formation de la personnalité?
"Ils ne pouvaient pas tout nous apprendre" répondent les enfants (A 96). Et ,partant de l'expérience familiale, naît le dessein d'être "mieux  qu'eux", d'avancer et de progresser (A 330 ss).
Le père et la mère ont deux rôles différents et distincts, encore que de type rural:  lui, il va au travail tandis qu'elle reste à la maison (A 144; 170; 174 ss)."Ca faisait drôle " quand ma mère devait aller travailler: on sentait qu'il manquait quelqu'un ( A 176 ss).
Les valeurs, qui sont au centre des préoccupations et des conversations sont l'école et le travail et, aussi, le respect envers les aînés dans la société (A 110; 191; 292 ss, 316; 437; 542).
La famille semble se refermer sur même (A 46 ss) mais, connaissant les intéressés, on comprend ce qu'est une famille: non pas un noyau restreint mais le groupe élargi, qui va des parents aux oncles et tantes, des frères et cousins aux amis plus intimes.
"J'aurais aimé de l'aide"(A 384ss), mais les enfants se rendent compte  que cela n'était pas possible: autre que les parents n'étaient pas préparés, ils étaient trop absorbés par des problèmes de survie et travail pour avoir le temps et l'imagination de se permettra de faire quelque chose d'autre (A 953).
Cependant, c'est dans la famille que les enfants acquièrent la majeure partie de leur vision de vie, et apprennent les rôles à jouer; c'est là qu'ils connaissent la langue italienne: une connaissance limitée et imparfaite dès qu'elle est comprise seulement par tous mais non parlée.
S'il est vrai que "la probabilité pour les enfants de continuer l'univers de valeurs et de comportements des parents est d'autant plus élevée que les relations avec les parents sont confiantes, que les échanges avec eux sont fréquents, que leur attitude est compréhensive et que les enfants participent aux décisions", le fils du migrant est dans une position typique de changement et de rupture ou création plus que de pure continuité .
E. Groupe italien et Italie
Un autre élément de socialisation, qui soutient la famille et lui donne de l'importance, est le rapport avec le groupe ethnique en Belgique et le contact avec l'Italie.
Nous entendons, par groupe ethnique, un groupe dont les liens sont constitués, par l'ensemble de relations formelles et informelles qui tissent la vie des jours ouvrables et fériés de l'immigré. Cet ensemble va du contact avec les compatriotes aux groupes formels civils du consulat et des cours de langue italienne, des groupes régionaux avec leurs diverses fêtes, contacts, à la mission catholique...
Par contact avec l'Italie nous entendons les voyages plus ou moins fréquents au village d'origine, les contacts épistolaires et téléphoniques, la visite d'amis, de voisins et de parents qui viennent du "pays", les deuils, l'invitation à aller voter, etc. Tous ces petits éléments sont importants parce qu'ils sont toujours présents tout au long de la socialisation et de l'éducation familiale.
Tous ces contacts forment, chez le jeune, une idée de l'Italie faite surtout de "diversité", de "beau temps", de "mentalité différente, de "ça me plaît mieux", de "c' est plus gai", de "mon pays" etc. (A 30 ss; 56 ss). Elle reste une idée vague, sentimentale et sans les pieds sur terre. Interrogé sur les traditions typiquement italiennes, le jeune ne sait pas donner de réponse claire et précise, il a un sentiment mais non une connaissance évidente: il y a chez lui, une forte mobilisation affective mais il est incapable d'exposer le contenu.
Les jeunes interviewés se sentent et se professent Italiens mais ils manquent apparemment d'un contenu culturel conscient.
2. L'école
A. Fonction
L'importance de l'école est hors de discussion aujourd'hui: elle est une étape obligatoire et nécessaire pour entrer dans la vie sociale.
La société d'ailleurs se l'est appropriée et en a fait une des institutions modernes les plus' structurées et contrôlées.
A l'école est confié le devoir de sélection et de préparation à la vie commune : elle a le monopole de l'éducation à la culture dominante. Pendant la période de la deuxième socialisation, qui va au moins de 6 à 14 ans, elle occupe la majeure partie du temps et de la vie de l'enfant.
Son rôle de "reproduction" de la société est souvent souligné: c'est à l'école, en effet, que l'enfant apprend les structures, les codes, et les façons de vivre dans une société déterminée.
Le programme scolaire est bien organisé, réglementé et contrôlé au moyen d'une organisation pyramidale et efficace. Les enseignants doivent être de la nationalité de l'Etat qui organise le système scolaire c'est-à-dire de la Belgique, et c'est de son système sociocritique qu'ils obtiennent la préparation et le mandat d' enseigner. Tout ceci nous prouve clairement la structuration et la fonction culturelle reproductive du système scolaire.
En même temps, l'école est un élément de changement.  Si on contribue à augmenter les capacités e1 les habiletés intellectuelles, on arrive difficilement à créer des individus parfaitement en série.  
Si l'éducation a atteint vraiment son but, elle met au contraire les individus intelligents en mesure de tout mettre en discussion et donc de changer .
En conclusion, l'école a essentiellement un rôle reproducteur et aussi, mais secondairement, un rôle innovateur.
B. Milieu modeste
Le fait d' appartenir à un milieu économique modeste influence le rapport avec l'école dans les attentes, dans les choix professionnels et dans les va leurs proposées.
En premier lieu les attentes des jeunes et parents des classes défavorisées portent surtout sur des connaissances objectives, sur les outils nécessaires à une mobilité ascendante et sur les vertus "morales" comme l'honnêteté et la sincérité .
Les choix professionnels, et  donc, les choix du type d'école, sont orientés par l'image que les parents ont des jeunes et du type d'aide qu'ils peuvent leur fournir. Or il est évident qu'un parent d'un milieux démuni a tendance à voir dans l'écule un développement des talents et des capacités personnelles de travail en vue d'un lendemain très pratique plutôt qu'un développement de capacités intellectuelles théoriques. A ce point de vue, les parents modestes sont en décalage avec les enseignants, qui sont plus portés pour une éducation et une mentalité moins pratiques et plus libérales.
Le choix de l'école est fondamentalement dicté, même dans la diversité de l'offre en Belgique, par trois types de considération; classons les par ordre d'importance: la qualité de l'enseignement, le voisinage des bâtiments scolaires et l'orientation philosophique .
Il semble que ces critères soient retenus dans l'ordre par une majorité, sauf dans le cas de parents très religieux, qui tendent à souligner plus l'orientation philosophique (A 482, 485).
L'enseignement religieux à l'école semble ne pas avoir une influence considérable sur le comportement du jeune, sauf dans les cas exceptionnels d'enseignants profondément convaincus, qui donnent un témoignage authentique et hors du commun. En général l'enseignement religion est perçu par les jeunes comme ouvert et non contraignant .
En conclusion, disons que la fréquentation obligatoire de l'école est une période intense d'informations et de formation qui se conjugue avec et est influencé notamment par la branche choisie et par l'organisation scolaire, officielle ou libre. Encore que la qualité et la réussite des études dépendent non seulement des capacités des enfants mais aussi de l'appui familial: les parents qui ont moins étudié, à leur tour poussent moins aux études .
Dans le système belge, l'école garde un caractère très rigide à cause, entre autres, de l'existence d'un double réseau officiel et libre. Le fait d'être en concurrence sur le même terrain avec d'autres formules, qu'il s'agisse de l'enseignement primaire ou secondaire; le fait de devoir assurer la renommée de l'école et, pour les écoles secondaires, d'être une préparation "sérieuse" à l' université ou à certains emplois; le fait encore de devoir conserver un nombre déterminé d'élèves pour ne pas réduire le nombre d'enseignants: tous ces éléments portent l'institution scolaire, lentement et sans mauvaise volonté, à une rigidité qui pénalise celui qui n'a pas au départ les mêmes atouts que la majorité. Ce système de concurrence fera que "les examens sont des examens et que lés programmes sont respectés", et tant pis si cela doit se faire au détriment de certains élèves  
C. Situation immigrée.
Pour le jeune de la deuxième génération l'école est une étape non seulement obligatoire mais doublement importante.
En premier lieu, "les parents ne savent pas tout" (A 93 s, 104, 377) et ils connaissent bien peu de choses de la culture dominante et de la structure scolaire (A 535 s): le jeune s'y voit immergé comme dans une sorte d'aventure, plus seul et plus responsabilisé que d'autres (A 384 ss).  
En deuxième lieu, la deuxième socialisation le met dans un monde différant culturellement de celui de la première socialisation. C'est le monde typiquement belge avec sa langue, avec ses programmes, avec ses institutions culturelles, sociales, politiques et avec son histoire (A 380 ss, 397).
L'école sera seule à fournir aux enfants ce type d'instruction; cette organisation, bien structurée et fonctionnelle préparera le petit immigré à la vie en société (A 460 s).
L'enfant y découvrira un monde culturel nouveau et différent: "je ne savais rien"(A 436), "on m'a tout appris" (A 457), "c'est un début d'entrée dans l'humanité, dans 1a vie" (A 458).
Si on lui dit et lui fait croire que "à l'école on est tous les mêmes" (A 549 ss), l'enfant s'apercevra qu'en pratique cette affirmation ne se vérifie pas: "j'étais toute seule à faire mes devoirs" (A 382)", "j'aurais aimé que mes parents prennent contact avec les maîtresses comme pour mes amies (A 384 ss) mais l'important pour mes parents c'était que j'aille à l'école" (A 490).
L'histoire et la langue maternelle n'ont pas une place d'honneur chez l'enfant immigré qui va à l'école (A 81; 560 ss). Chemin faisant naît en lui l'idée que l'italien et le dialecte parlé en famille est quelque chose de "sale" .
La valeur du travail, par contre, gagne en importance et c'est pourquoi il ne veut plus, à un certain âge, continuer les études. "Avoir du travail me suffit", affirme la fille (A 437, 456, 530, 541). Quitte à s'apercevoir que sans instruction on ne réussira pas beaucoup dans la vie (A 522-535).
Tous ces motifs expliquent le nombre relativement considérable des insuccès. Voici à l'appui de ces observations des données du Ministère de l'Education Nationale; elles donnent des renseignements sur les élèves étrangers dans l' enseignement gardien et primaire du Hainaut (1977-1978).
1. LE NOMBRE D' ELEVES BELGES ET ETRANGERS
Dans le Hainaut, plus d'un écolier sur cinq est étranger. C'est même un sur quatre dans les arrondissements de Soignies et de Mons : trois sur dix dans l'arrondissement de Charleroi.
Elèves belges et étrangers dans et primaire ordinaire du Hainaut en 1977-78, par arrondissement.
2. DE  QUELLES NATIONALITÉS?
Sur les 27 230 élèves étrangers dans les écoles primaires ordinaires du Hainaut, 44,1% sont Italiens; 10,1% Français; 4,1% Turcs; 3,3% Marocains; 3% Algériens; 2,3% Espagnols; 1,8% Grecs; 31,3% de nationalités diverses.
3. EN PROPORTION TRÈS VARIABLE SELON LES ECOLES
Répartition des écoles primaires ordinaires du Hainaut, en 1977-78, selon la proportion d'élèves étrangers par arrondissement.
4. LE SUCCES DANS LES ETUDES
Une indication nous est donnée à ce sujet, à l'échelon de la Belgique d'expression française (et allemande), pour l'année 1973-74 : la proportion, parmi les élèves belges et parmi les étrangers, d'enfants qui sont dans la classe correspondant normalement à leur âge et de ceux qui sont en avance ou en retard.
Le handicap des petits étrangers est manifeste, et nettement plus accentué pour ceux qui ne sont pas nés en Belgique.
Avancement des élèves belges et étrangers dans les classes primaires (2e et 6e années) de l'enseignement de régime français et allemand, en Belgique, 1973-1974 .
On peut conclure que si le passage pour l'école est important pour l'enfant italien, il s'avère difficile à cause des limites ou de l'inexistence du soutien des parents, à cause de l'ignorance ou de la non-maîtrise de la langue, des méthodes et de l'organisation scolaire. Les conditions économiques ne permettent pas les aides nombreuses que l'autochtone aisé peut avoir (A 518 s, 538). S'il ne semble pas exister des difficultés raciales dans le comportement verbal, on peut cependant, en se penchant davantage sur la question, découvrir une différenciation très marquée entre autochtone et Italien (A139).
3. L'Eglise
Assurant la charge d'organiser et de canaliser les expressions religieuses collectives et privées, l'Eglise peut jouer un grand rôle dans la vie personnelle et collective. Quel est son importance dans le monde immigré?
"On savait déjà que les attitudes religieuses des classes subalternes se définissaient surtout par leur faible rapport avec l'institution religieuse officielle. Il faut ajouter, à propos de la fraction migrante de ces classes, qu'elles ne participeront qu'encore plus indirectement à la sphère d'influence que représente le champ religieux institué des pays importateurs. Du fait qu'ils vivent leur situation présente sous la modalité du transitoire, l'a-socialisation préventive par rapport aux normes socio-culturelles des pays d'arrivé trouvera vraisemblablement son correspondant au niveau religieux" .
Dans ce contexte l'Eglise semble être perçue par les jeunes comme un lieu où on donne les sacrements, du baptême au mariage, et comme une institution organisée par le clergé. Apparemment on ne lui prête pas beaucoup d'attention" excepté pour la pratique dominicale des enfants et pour une certaine protection des adolescents ( A 705 ss). Les services qu'elle rend, comme l'organisation de l'école libre ou l'organisation des loisirs: patro ou scoutisme, sont retenus par les jeunes italiens (A 683 ss) plus que l'aspect formatif.
De toute façon, nous n'avons pas beaucoup de renseignements sur le rôle joué par l'Eglise: est-ce occasionnel ou est-ce voulu ?
En tout cas, ce manque de renseignements reste significatif et mériterait d'être approfondi.
4. Moyens de communication sociale.
Nous vivons à l'époque de la civilisation de l'image. N'est-il pas vrai que le cinéma occupe encore une place de choix dans les sorties des jeunes, au détriment de la lecture, malgré le succès croissant des bandes dessinées? "Les études de budgettemps montre que les enfants ont tendance à passer, en totalisant les heures d'une année, plus d'heures devant la T.V. que sur les bancs de l'école " .
Même si les mass-media n'ont pas un rôle particulier, ils servent certainement à affermir et à revigorer les autres agents de socialisation, à stimuler les groupes primaires. Et, de plus, ils exercent à la longue, une influence "clandestine" dont le résultat nous est encore inconnu .
De toute façon, une chose est évidente: pour l'enfant italien les mass-media sont plus dans la ligne de l'école et de la culture dominante que dans la ligne de la famille et du milieu ouvrier et immigré.
Nous n'avons pas, d'après notre enquête, les éléments suffisants pour élucider tout ceci. Le manque de données est-il encore occasionnel ou voulu? Est-il un signe de l'importance secondaire attribué volontairement ou non aux moyens de communication sociale?
5. Les pairs
A. En général
Les pairs sont, nous l'avons dit, d'une importance considérable. Nous sommes habituellement disposés à reconnaître l' importance de la famille et de l'école mais souvent il nous arrive de sous-évaluer l' importance des relations horizontales.
L'enfant trouve réellement chez les garçons et filles de son âge des éléments qu'il ne trouve nulle part ailleurs. Le contact entre jeunes fait des divers groupes, un laboratoire de valeurs et de comportements nouveaux où se transmettent et se transgressent les tabous et où on attend l'approbation ou la désapprobation .
C'est avec les amis qu'on affûte les armes pour une cohabitation conviviale et de communication. Il est cependant intéressant de souligner que dans la classe ouvrière les pairs sont en majeure partie du même milieu et du même contexte social .
L'importance du groupe est perçue et consciente: les jeunes affirment qu'ils se sont fait certaines idées et certaines impressions au contact d'amis et en discutant avec eux.  On parle de métier, d'argent, etc. parce que ces sont les préoccupations les plus importantes; on parlera parfois de religion entre pratiquants et croyants convaincus .  
Les occasions pour rencontrer les pairs ne manquent vraiment pas: ils se retrouvent pour écouter de la musique, pour pratiquer un sport ou pour discuter…
B. Milieu immigré
Le jeune de ce milieu est attentif au groupe d'amis qui devient dans certains cas le substitut de famille: "ne vas pas aux examens" (A 525). Quand manque l'aide des parents, le groupe des amis est là pour donner un coup de main.
Il est important de noter que tous les amis viennent du même milieu et que tous, ou presque, sont Italiens ou immigrés (A 584). Ceci est naturel et facile à expliquer: le fait d'habiter le même quartier et de fréquenter, pour la plupart, la même école technique ou professionnelle, sont des éléments qu'influent sur le jeune et le portent à choisir ses copains. "On se comprend mieux" et "avec les autres on n'a pas les mêmes problèmes" (A 586 s, 590).
Pour le jeune homme, l'amitié semble plus importante et plus durable que pour la jeune fille, au moins après les fiançailles (A 605 ss, 615 ss): le rôle de l'homme sera d'être à l'extérieur et le rôle de la femme de rester à l'intérieur de la maison (A 620627).
Enfin, l'amitié a une influence importante sur la pratique religieuse: "on allait à l'église ensemble et on a cessé ensemble à ne plus y aller", on se laisse entraîner pour ne pas être différents des autres".
En conclusion, dans le déroulement des deux voies parallèles, sinon apposées, de l'école et de la famille, les pairs acquièrent chez l'enfant italo-immigré un poids de médiation considérable ils deviennent lieu de synthèse et de choix.
II. INTERACTION DES DIFFERENTS AGENTS ET DOMAINE RELIGIEUX
1. Interaction
Dans une situation aussi critique et ambiguë que celle de l'immigration, il est clair que les divers agents agissent non pas en harmonie mais en parallélisme ou en opposition. En fait, ne réagissant pas sur les mêmes mécanismes et ne répondant pas aux mêmes besoins psycho-sociologiques, ils ont leurs domaines propres, différents et complémentaires. Ils orienteront les tensions, aggraves du fait migratoire, à l'intérieur du domaine de la socialisation et à l'intérieur du processus de maturation de l' individu ainsi que de sa personnalité.
En conséquence leur importance sera profondément différente de celle qui est habituelle chez les autres jeunes. Par le fait du parallélisme, les différents agents socialisateurs tendront à s'assurer leur indépendance à intérieur du domaine de la socialisation: cette imperméabilité est une caractéristique importante qui donnera à tout le processus de socialisation une coloration différente.
D'après notre expérience et d'après les réflexions faites sur nos interviews, le fonctionnement parallèle des différents agents nous paraît évident dans la pratique. L'enfant immigré a, dans un certain sens, plusieurs pères et il finit pour ne plus avoir à qui faire référence.
Dans un schéma R. Razsohazy met en évidence visuellement l'interaction des différents agents socialisateurs, les terrains d'entente générale (a) ou partielle (b, c, d) sur les valeurs et sur les comportements;  et souligne aussi la continuité et la rupture de la jeune génération qui prend la relève dans la société.
L'espace "a" est la rencontre de l'ensemble des comportements et des valeurs partagés par tout le monde, quels que soient les milieux, les générations ou les familles. " Il s'agit des valeurs et des comportements centraux qui forment le noyau de cohésion sociale et constituent la base de la continuité historique" .
Ce noyau et cette interaction sont modifiés dans le cas des jeunes immigrés. Si pour eux génération et milieux conservent à peu près leur spécificité, la famille et l'école se situent différemment: la famille est soutenue par le milieu immigré italien tandis que l'école soutenue par les médias assure un rôle important et absolument indépendant.
Ceci nous donne pour les jeunes immigrés, un schéma différent de celui que nous venons de tracer.
 
Dans l'interaction famille-milieu-génération-école le noyau "a" qui représente la base d'entente généralement admise et la base de construction de la personnalité du jeune et du monde nouveau dont la génération nouvelle est toujours porteuse, voit sa dimension se réduire.
L'identité, la continuité ou la rupture, portées par la deuxième génération ne peut se nourrir que d'un minimum de consensus: elles sont soumises à des complications et à des tensions tout à fait particulières.
2. Trajectoire de vie
L'interaction entre différents agents socialisateurs peut être perçue diachroniquement. Le schéma synchronique, que nous venons d'esquisser, nous présente les résultats globaux de la première et de la deuxième socialisation. Mais nous savons bien que les différents agents agissent différemment selon les périodes de la vie. Nous avons déjà souligné que la famille a le monopole de la première socialisation, tandis que la deuxième voit primer le rôle de l'école: un schéma diachronique pourrait nous aider. Pouvons-nous traduire en schéma cette réalité? J.
Leman nous fournit le diagramme d'une trajectoire de vie qui nous paraît crédible .
 
Ce diagramme a l'avantage de mettre en évidence et dans un schéma diachronique, ce que nous avons dit précédemment. Il comporte un parcours étrange et original à la fois, qui porte en soi et récapitule les signes du ballottement du jeune au sein de la société et de sa classe et milieu social.
Après une période (A) relativement homogène et influencée par la famille et le milieu ethnique, l'enfant entre dans la deuxième période (B) qui est complètement différente. Ce changement a des conséquences évidentes: l'anomie, due au déracinement de la culture familiale et à une imparfaite insertion dans le monde belge, la conflictualité de génération et de culture et enfin l'agressivité et le mimétisme qui sont les conséquences des deux moments précédents .
La période suivante (C) (de 14 à 18 ans) voit la découverte du travail et le retour au milieu, dont on a été soustrait durant la période scolaire sept heures par jour. "Je me sens un être hybride, parfois je me considère comme Belge et parfois je me sens Italien et nationaliste" . Cette réflexion résume bien la contradiction des affirmations juvéniles de l'adolescent italo-immigré. Vient enfin dans la période (D) une personnalité fragmentée, avec différents "morceaux" culturels: quelle sera leur cristallisation et quel sera le visage de la deuxième génération?
Il apparaît évident que dans ce cas, on ne peut pas parler de déstructuration parce que cela impliquerai l'existence d'une structuration claire et cohérente mais qu'on ne devra parler plutôt de fragmentation d'éléments reçus de la famille, de l'école et du milieu social .
Le visage définitif? On peut parler de contexte et d'influences mais il est impossible de donner une "photo". Aucun groupe n'est jamais fixé une fois pour toutes et chaque personne est toujours en croissance: la deuxième génération, de plus, est nouvelle soit comme génération de jeunesse, soit comme deuxième génération immigrée.
"Je me sens Européen" ou "bi-culturel"99: peut-on entrevoir dans cette déclaration une piste d' approfondissement et d'action pour l'avenir?
Les divers "fragments" doivent se fondre en une seule personnalité plutôt que rester épars: ceci provoquerait la schizophrénie.
3. Domaine religieux
A. Comportements religieux des jeunes.
Dans cette socialisation, s'insère les comportements religieux de la deuxième génération.
On doit ajouter aux observations faites précédemment ci et là, que les jeunes en général préfèrent une religiosité horizontale à une religiosité verticale. La mentalité positive de notre temps ferme la porte à tout ce qui dépasse l'homme. Dans cette orientation générale de notre société, et de la jeunesse en particulier, un n'a pas beaucoup d'intérêt pour la formulation doctrinale ou pour les prises de position de la hiérarchie .
Il faut ajouter que, hier, la place du jeune dans le système religieux était précise: on était dans ou hors de l'Eglise. Aujourd'hui, sa place y est beaucoup moins précise tant du point de vue théorique que pratique: on part de la vie, on s'interroge sur le Christ .
La morale vécue par les nouvelles générations se détache de l' institution qui la professe. Les jeunes préfèrent parler en termes d'authenticité de l'acte en soi que de la valeur objective du geste, ils sont en somme, plus attentifs aux conditions personnelles de ce1ui qui pose l'acte qu'à l'exactitude ou à la validité de la conduite même . Ajoutons à cela un déplacement de sens du péché: il est davantage ressenti sur le plan social que sur le plan individuel .
B. Education religieuse
Les jeunes, dans le domaine religieux, suivent généralement les parents, mais... à distance.
Il faut souligner avant tout que le taux de croyance et de pratique religieuses dans la classe ouvrière est le plus bas et on peut en trouver une explication dans
1'histoire .
Remarquons que le domaine religieux devient de plus en plus secondaire dans les conversations et dans les attentes du jeune italo-immigré, submergé qu'il est par d'autres préoccupations moins théoriques.
Toutefois c'est l'éducation familiale qui reste la plus importante peur la réussite ou l'échec dans le domaine religieux. L'observance ou la non-observance des pratiques religieuses par la famille reste un facteur important pour la jeune génération: la majorité a tendance à la suivre.
L'école et l'enseignement de la religion semblent ne représenter qu'un poids mineur et ils sont secondaires par rapport à l'influence de la famille.
De plus, le manque d'harmonisation entre les divers agents de socialisation a un effet de dépréciation généralisée avec de sérieuses conséquences sur la formation de la personnalité et donc aussi sur la formation religieuse. Les deux images de soi et les attentes différentes des deux côtés, exprimées dans la phrase "à la maison je suis Italienne, à l'école je suis Belge comme les autres", ont sûrement une influence sur la formation religieuse .
On peut se demander si une vraie éducation religieuse est possible chez une personne ayant tant de difficultés d'identité.
C. Comportements religieux des fils des migrants italiens
En recouvrant à des enquêtes faites parmi les émigrés italiens en Europe, on arrive à mettre en évidence ce que n'est pas la religiosité des émigrés mais on n'arrive pas cependant à avancer grand-chose sur ce qu'est la spécificité religieuse des émigrés.
"Il résulte à l'évidence de ces recherches que la socialisation d'une grande partie des émigrés (qui s'affirment pourtant catholiques à 98%) aux valeurs communautaires et institutionnelles propres à l'Eglise catholique ne s'est pas faite. L'absence de figures de la hiérarchie dans la définition du fait d'être catholique, la désarticulation du corps de la foi par rapport à toute référence communautaire, la prédominance des figures parentales dans la transmissi0n des valeurs religieuses, les modèles éthiques autonomes par rapport à une grande partie des cohérences éthiques catholiques, surtout en ce qui concerne la "pratique" de la foi et la référence à l'enseignement du magistère, confirment suffisamment cette affirmation.
De là, il n'y a pas loin à affirmer qu'il doit y avoir une "discordance au moins passive" entre les aspirations et les objectifs tels que les entend la religiosité des émigrés et les objectifs et les moyens proposés par l'institution catholique dans sa double configuration, celle d'église locale et celle d'église ethnique" .
Ils soulignent que "la demande religieuse de l'émigré naît dans un contexte familialpopulaire et est habituée à s'exprimer en termes affectifs plus que doctrinaux et à l'intérieur d'un espace souvent autonome par rapport au sacré institutionnel. A la hiérarchie (au prêtre) on reconnaît la spécialisation dans la gestion d'une section particulière du "sacré", mais pas de toute la sphère du sacré" .
Des conclusions semblables s'imposent d'après une recherche sur la pratique religieuse et sur la socialisation des enfants italiens en Belgique.
"Il n'y a pas de rupture radicale entre parents et enfants de ce point de vue. Avec une plus ou moins grande régularité, quelle que soit la variable que l'on fait intervenir, les jeunes tendent à reproduire le comportement de leurs parents" .
Ce tableau ci-dessous indique que le succès de la socialisation familiale en matière de pratique ou de non pratique religieuse :
Pratique des parents et pratique des enfants.
 
"D’une façon générale, le conformisme familial est plus élevé dans le cas des non pratiquants que dans le cas des pratiquants. En effet sur 100 jeunes pratiquants, le comportement conforme est propre à 58% d'entre eux, tandis que la pratique des 42% restants n'a pas de fondement familial. Par contre, sur 100 jeunes non pratiquants, le comportement conforme est propre à 75,5% d'entre eux et le comportement difforme à 24,5%. Il apparaît ainsi que dans le cas des jeunes pratiquants la socialisation extra-familiale a relativement plus d'effet que dans le cas des non pratiquants qui manifestent proportionnellement un comportement plus  conforme" .
Mais on peut se demander comment influent les autres variables qu'interviennent dans la socialisation. Voici un tableaux récapitulatif, obtenu par combinaison de ces variables à la pratique des jeunes .
Comportement conforme ou difforme des jeunes pratiquants et non pratiquants.
 
D'après ce tableau il apparaît que la non conformité, dans un cas comme dans l'autre, est indicatrice d'une stratégie du jeune en vue de se différencier de sa famille et de s'insérer dans un nouveau réseau de relations sociales .
Il apparaît aussi que la liaison entre pratique religieuse et opinions éthiques est pratiquement inexistante, sauf dans le cas de l'avortement .
4. Conclusion
Une série d'interrogations se pose après cette rapide esquisse de la socialisation de la deuxième génération.
L'importance du rôle familial nous apparaît maintenant, le rôle secondaire et l'influence de l'école et des pairs ainsi que le rôle limité de l'Eglise et des agents pastoraux.
L'attention à ceci et au déroulement d'une singulière trajectoire de vie est extrêmement importante pour la pastorale, qui doit se demander où et comment intervenir, quels moyens mettre en oeuvre, quelles institutions animer et aider pour que le jeune grandisse comme homme complet et non fragmenté, comme chrétien croyant et pratiquant.
La famille est un pôle fondamental; comment la toucher là où elle est, c' est à dire dans sa vraie problématique, dans sa réalité et dans sa fonction éducative.
Un rapprochement entre école et famille, leur reconnaissance réciproque et leur complémentarité recherchée n'élimineraient-ils pas le caractère contradictoire ou parallèle ces deux propositions éducatives ?
L'opposition des deux instances finit par risquer de former une personnalité schizophrénique: que peut faire la pastorale dans ce champ?
Le jeune italo-immigré a un lien important avec la génération jeune, avec la classe ouvrière et avec le milieu immigré: une pastorale qui veut le toucher et l'animer doit être à la fois une pastorale jeune, ouvrière et à sensibilité italo-immigrée.
On savait que l'Eglise-institution n'a plus la même importance qu'auparavant, mais on doit constater que, pour les jeunes, elle est quasiment une étrangère. Que doitelle faire pour assurer son service d'évangélisation parmi les jeunes?
Il est important de se poser toute cette série d'interrogations pour être à même de rendre un service efficace et fidèle à l'homme et à Dieu.
PARTIE
REFLEXIONS PASTORALES
Une pastorale appropriée doit connaître les destinataires dans leur situation et dans leurs besoins.
Cela ne suffit pas: elle doit savoir à moyen terme ce qu'elle veut, où elle doit aller et qui elle doit engager pour passer de la théorie à la pratique.
Notre réflexion, dans cette partie de notre travail, voudrait contribuer à clarifier ces impératifs. Nous essayerons, dès lors, de rappeler les grandes exigences qui nous sont apparues, de voir les réponses pastorales données jusqu'à présent à l'immigration et de proposer quelques pistes d'action.
I. GRANDES EXIGENCES APPARUES
1. Les marginalisations.
La marginalisation est un phénomène qui existe dans toutes les sociétés. Elle se manifeste de mille manières.
Il n'y a pas que le problème des jeunes de la deuxième génération: l'arbre ne doit pas cacher la forêt! Dans notre société et dans notre monde il y a d'autres marginalisations qu'on ne doit pas oublier : il suffit de penser à la situation des jeunes en général, des femmes, des chômeurs, des malades et du troisième âge.
L'avantage d'une réflexion comme celle-ci sur un cas particulier d'exclusion est qu'elle permet de faire émerger les mécanismes qui provoquent ces diverses situations. Une attention et une réflexion de ce type donnent une sensibilité aux cas similaires et un intérêt pour les humbles et les plus démunis.
Cette sensibilité est nécessaire à l'agent pastoral parce que la tendance générale chez l'homme est de simplifier et de banaliser le problème jusqu'à le cacher. Dans le cas des immigrés italiens, le danger est évident à cause de la similitude culturelle entre le groupe italien et la société belge; et, que tous les deux, sont d'origine latine et de tradition catholique. Le passage est facile: on part du "nous sommes presque les mêmes", on passe par "il y a et il pourrait y avoir des différences bien plus importantes" et on arrive à "donc il ne vaut pas la peine de chercher la spécificité ou d'y insister". Ce passage est facile intellectuellement parlant et se confirme dans la pratique quand on confond le comportement extérieur de l'italo-immigré et son adaptation avec son assimilation totale ou son intégration. On oublie de voir dans la migration non seulement un déplacement géographique plus ou moins temporaire mais un déplacement culturel bien plus radical important et chargé de conséquences.
La différence, on le sait, crée la gêne et l'insécurité. La tendance alors, soit du groupe ethnique migrant, soit du groupe autochtone, est d'éliminer l'autre comme problème, en oubliant ou en cachant inconsciemment "la condition immigrée", en refusant de voir les différences et en dissimulant les réalités négatives ou les phénomènes de friction.
En agissant ainsi on ne résout pas les problèmes, on ne fait que les déplacer et, pratiquement, on renforce l'exclusion ou la marginalisation.
2. Une jeunesse ou des jeunesses?
La jeunesse est devenue une classe sociale dans le monde d'aujourd'hui: elle a sa physionomie, son histoire, son marché, sa culture et ses modes.
Mais, bien qu'elle ait des caractéristiques communes, elle ne constitue pas un bloc compact et homogène. Au sein de la "planète des jeunes", il y a diverses catégories de jeunes, enracinés dans les divers milieux ou classes sociales où ils vivent .
La deuxième génération italienne en Belgique est caractérisée par une psychologie provisoire, une fragmentation culturelle et une ambiguïté sociale qui ont comme conséquences une identité évanescente et une intégration difficile et incomplète. La conflictualité ou le mimétisme sont ses issues théoriques et possibles.
Dans ce contexte, le comportement religieux n'est pas serein; il peut être 1'expression sociale d'un choix de groupe (belge ou italien) plus que l'expression et la manifestation d'un choix de va1eurs qui organisent et systématisent le sens de la vie.
3. Position zéro
L'ambiguïté, l'incertitude et la marginalisation peuvent être des éléments de frustration, de fuite, d'anomie et de conflictualité, d'égarement et de résignation, d'absentéisme et d'aboulie mais peuvent aussi devenir ressort pour la création de nouveaux modèles de nature à renouveler le contexte social et culturel.
Le manque de mythes ou la crise des mythes du retour peuvent être des moments de création d'autres mythes, d'autres symboles et d'autres projets dans lesquels les forces affectives et intellectuelles peuvent être investies.
La fragmentation culturelle permet de nouvelles synthèses et de nouveaux débouchés dans un système qui à trop tendance à se percevoir complet et définitif.
Au-delà de la surprise et/ou du pessimisme, l'agent pastoral doit avoir fondamentalement envers le jeune italo-immigré une attitude de recherche pour bien connaître les conditionnements qui marquent les jeunes et, en même temps, une attitude d'optimisme pour percevoir dans leur situation une possibilité toujours nouvelle de recevoir le message de la foi et d'y répondre.  
Une foi qui ne cache pas les problèmes mais les assume et leur donne un sens et une perspective.
4. Phénomène collectif
La deuxième générati0n est un phénomène collectif et non un phénomène d'individus iso1és dans une position critique. Les jeunes italo-immigrés sont suffisamment nombreux pour être considérés comme un groupe qui a ses problèmes, son conditionnement et son originalité .
La meilleure manière d'en sortir est alors une réponse collective. Les "sauve qui peut" et les "que chacun se débrouille avec ses moyens" ne résoudraient rien.
L'affirmation de Cardijn: "un jeune ouvrier seul est un jeune ouvrier perdu" pourrait être paraphrasée "un jeune immigré seul est un jeune immigré perdu". Evidemment les meilleurs s'en tireraient sans l'aide de personne, mais les autres?
Nous savons qu'il n'existe pas de meilleur apôtre dans un milieu que celui qui partage ce milieu: c'est la loi de l'incarnation! Est-il possible de trouver  des apôtres, dans et pour le milieu que nous étudions?
Enfin la génération juvénile immigrée n'a pas besoin de solutions trop futuristes, elle a besoin d'une aide immédiate.
II. OFFRES PASTORALES ACTUELLES
Le problème de l'immigration n'est pas nouveau en Belgique et on n'a pas attendu jusqu'à maintenant peur agir et pour offrir une pastorale adaptée. Voici les principales réponses données jusqu'à présent à la question de savoir comment, en pastorale, faire une offre correspondant à la demande religieuse .
1. Domaine religieux ethnique
L'assistance religieuse aux immigrés italiens en Belgique, assurée par des religieux italiens, avait commencé avant la seconde guerre et fut intensifiée après celle-ci. C'est en 1958 que, dans le diocèse de Tournai, par exemple, furent constituées du plan juridique les paroisses italiennes. Les missions catholiques italiennes "cum cura animarum" étaient la réponse à l'invitation de Pie XII que, dans la constitution apostolique "Exsul Familia", (1952) demandait une "cura pastoralis" spécifique du migrant.
Elles répondaient aussi au besoin et à la demande de reconstruire en "exil le microcosme de la patrie abandonnée et d'entretenir, conserver et préserver la religiosité du départ.
L'offre des biens religieux par la paroisse italienne était proche de celle du pays d'origine. Elle était, en quelque sorte, une compensation à la marginalité, elle se voulait un contrepoids à l'anomie et à l'égarement causé par le manque de contrôle social.
La paroisse ethnique était fondamentalement, et en ce temps-là elle ne pouvait pas être autre, une réponse immédiate à l'état de marginalisation et de nécessité, à une situation de caractère provisoire et d'attente d'un retour qu'on prévoyait prochain.
Cet organisme pastoral concrétisa la mentalité de chrétienté et de paternité spirituelle qui animait les institutions religieuses d'alors.
Conçue de cette manière, la paroisse nationale italienne avait une tâche de suppléance et le caractère de "momentané": elle cherchait à défendre et conserver la foi avec les coutumes et les traditions importées et pour consoler et réconforter l'immigré dans la brève ou longue parenthèse de l'expatriation.
L'assistance religieuse était facilitée par l'appartenance du clergé à la même nation, par l'utilisation de la même langue et par la compréhension des traditions et de l'identité culturelle italienne. Elle finissait par être en continuité idéale et pratique avec le pays d'origine.
L'assistance sociale était complémentaire de l'assistance religieuse: le clergé ethnique ne pouvait pas sous-évaluer les problèmes administratifs, culturels et sociaux du nouveau venu. Un travail lent, patient, caché mais indispensable a été accompli en ce sens.
Le domaine religieux ethnique s'est modifié au fur et à mesure que la collectivité change mais il conserve en soi des ambiguïtés de fond.
En premier lieu le contexte dans lequel s'insèrent les Italiens aujourd'hui est bien différent du contexte du départ et du contexte d'origine. L'offre du bien religieux doit en tenir compte et s'adapter aux nouveaux besoins tout en ne perdant jamais de vue la réalité migratoire et l'autonomie propre du groupe.
Une deuxième ambiguïté est la fusion et la compénétration entre bien religieux et identité nationale, à tel point que la crise d'identité nationale risque de mettre en question le bien religieux.
Enfin une autre ambiguïté est due au fait des différents statuts migratoires du clergé et du migrant. Dans un certain sens le prêtre, le missionnaire ou la religieuse sont des "immigrés de luxe" et ne partagent pas de la même façon le caractère provisoire, la pauvreté culturelle et les conditionnements économiques .
2. Domaine religieux autochtone
L'Eglise et le clergé belge ont accueilli le groupe immigré, et les Italiens en particulier, avec intérêt.
L'offre des biens religieux était dictée par deux optiques différentes qui ne sont jamais bien amalgamées .
Dans la première perspective la tendance prédominante était l'intégration. On entendait par-là l'extension et la reproduction de l'organisation religieuse autochtone et la proposition de modèles religieux de vie presque exclusivement autochtones et empruntés au style dominant dans l'Eglise et dans la société belges. On voulait ou on désirait, à travers un recrutement dans les populations migrantes, une sorte de substitut historique à la classe ouvrière nationale qui avait déserté l'organisation religieuse depuis l'aube de l'ère industrielle.
Dans la deuxième perspective, qui est toujours restée minoritaire, on voulait respecter les spécificités culturelles, sociales et religieuses du nouveau venu. Les populations déplacées pouvaient trouver une réponse à leurs besoins religieux dans des réseaux pastoraux spécifiques, pris en charge par un clergé originaire d'Italie. Dans cette perspective on entendait mettre en place des conditions structurelles pour le développement des communautés religieuses ethniques.
Il faut toutefois dire que cette seconde tendance n'a pas eu beaucoup d'appuis.
L'Eglise belge s'est trouvée paralysée face aux immigrants par plusieurs ambiguïtés
La première est la coïncidence totale ou partielle entre sa vision et la vision officielle de l'Etat importateur sur le fait migratoire, sur son caractère provisoire et sur sa marginalité.
L'Eglise locale, en deuxième lieu, n'est pas portée à analyser objectivement la situation structurelle et collective des migrants mais plutôt à étudier comment faire entrer ce groupe de fidèles dans l'institution-église.
Troisièmement, l'entré d'un groupe dans le territoire et dans la structure ecclésiastique finit par créer des problèmes parce qu'elle menace le monolithisme culturel et les structures organisées de l'Eglise d'accueil . Un nouvel équilibre entre universalité et particularité, entre diversité et unanimité devient alors plus aigu et urgent au sein de l'Eglise d'accueil. Le fait de la similitude culturelle entre l'Italie e la Belgique, toutes les deux de culture latine et de tradition catholique, porte à se méprendre sur la spécificité et sur l'unité.
3. Domaine para-religieux
Au-delà et en plus de l'offre spécifique des biens religieux, les deux organisations ecclésiastiques, autochtone et ethnique, ont offert des biens sociaux utiles aux migrants. Pour pallier les effets d'une situation de pauvreté et de marginalité, elles ont  créé une structure d'action socio-caritative.
Celle-ci ne va pas au-delà de la situation du moment et elle en voit difficilement les causes structurelles et profondes.
En outre, elle porte en elle l'habitude de classer les immigrés, de façon générale, parmi les exclus et les marginaux à aider comme les handicapés ou les enfants abandonnés à qui on donne amour et compréhension mais qui ne sont pas nécessairement égaux.
Toutefois le volume d'actions du domaine caritatif est si important qu'il a donné à ces structures une haute légitimité parmi les migrants et parmi les autorités publiques.
Le rôle des agents sociaux est un rôle d'assistance, de suppléance et de représentation. Ces actions tirent leur origine dans les carences du pays de départ et d'accueil, vont de l'enseignement à l'assistance socio-économique, de l'aide administrative a l'aide culturelle, à la médiation entre population immigrée et  Institutions politiques, culturelles et sociales.
4. CONCLUSIONS
Le service offert par des agents sociaux officiels ou privés, religieux ou laïcs a une légitimité propre, parce qu'il est une réponse vrai à un besoin réel.
La paroisse ethnique, par contre, tend à reconstruire ou conserver un microcosme importé et maintenu artificiellement.
La paroisse autochtone de son coté demande l'intégration à des nouvelles pratiques qui ne sont pas de la classe sociale de l'Italien immigré.
En fait, le recours à la Mission italienne pour les valeurs religieuses est plus fréquent chez les âgés, les femmes qui sont au foyer et donc moins soumises aux influences culturelles extérieures, les familles qui vivent la migration sous le signe, objectif ou subjectif, du "temporaire" et les migrants qui ne rencontrent pas le succès dans leur projet de migration.
Le recours au champ religieux autochtone, par contre, semble être privilégié quand le migrant a reçu une éducation religieuse dans un milieu pluraliste, quand il a envisagé une intégration dans le nouveau ensemble social et un établissement définitif, ou enfin quand il a l'idée d'une promotion sociale.
Les deux institutions paraissent diverses: la mission italienne aurait une fonction d'intégration sociale substitutive tandis que la paroisse belge semble moins marquée par les liaisons avec les classes subalternes .
Effectivement, les deux institutions ne tiennent pas compte suffisamment de la vraie "situation immigrée": il y a dès lors une hétérogénéité culturelle entre Eglise et  migrants et il y a des intérêts sociaux et psychologiques auxquels les Eglises ne donnent pas de réponse.
Enfin il y a une certaine difficulté de la part du groupe immigré italien à accepter les formes savantes de la religion ecclésiastique: au fond, une personne se sent chrétienne mais éprouve des difficultés à s'exprimer culturellement dans certaines formes.
Ces offres pastorales sont-elles encore valables pour la deuxième génération? Comment lui offrir des biens religieux? Que lui donner et qui va lui donner?
III. PISTES PASTORALES POSSIBLES
Il est certain que l'avenir ne peut pas se construire sur des bons désirs mais en partant de la réalité et du présent. Si on veut édifier pastoralement il ne faut pas se cacher ni négliger les problèmes mais il est indispensable de les examiner honnêtement et à fond et de les affronter avec lucidité, humilité et courage.
Nous avons vu et souligné des problèmes de la deuxième génération et nous avons aussi remarqué que la pastorale est l'art du possible dans un esprit de foi en Dieu et d'ouverture à l'homme réel.
Les jeunes dont il est question, sont dans une situation particulière et on ne peut pas les considérer comme les égaux des autres jeunes, si, dans la réalité et dans la vie de tous les jours, ils ne le sont pas. Comme un médecin soigne différemment des maux différents, aussi la pastorale doit être diverse pour des situations diverses.
Mais cette attention à la réalité et au caractère concret des situations ne peut pas nous ligoter: il ne suffit pas de dénoncer ou de s'étonner, il faut aussi agir. La pastorale sera toujours attentive au présent et l'avenir: au présent pour ne pas construire sans fondations et à l'avenir pour ne pas construire d'une manière désordonnée et sans perspective.
Tels sont les sentiments qui nous animent dans les réflexions qui vont suivre.
1. Contenu
A. Communion dans l'Eglise locale
La fin ultime de la pastorale est la création parmi les hommes du Royaume de Dieu, un Royaume qui est l'avènement de cieux nouveaux et d'une terre nouve1le. Le point de départ et de référence fondamental est Christ ressuscité et Seigneur: voici la Bonne Nouvelle à proclamer au monde de sorte qu'elle ne s'épuise pas en expériences personnelles ou intellectuelles maie devienne un évènement pour toutes les consciences et pour l'histoire.
L'Eglise doit tenter de proclamer cet événement par la parole et par sa propre vie. Elle est appelée à être signe et instrument du Royaume dans les Chemins de l'humanité, un signe qui anticipe et prépare l'au-delà dans la création, dès ici-bas, dans le développement d'une vraie communion d 'amour.
L'Eglise locale est l'Eglise de Dieu dans un lieu déterminé et, sous la conduite de l'Evêque, elle est l'Eglise de tous et ouverte à tous. Comme, face à Dieu, il y a une égalité fondamentale et un respect pour chaque homme, ainsi, dans l'Eglise locale, il doit y avoir pour tous une égalité fondamentale et un respect pour chaque homme.
"Dans l'Eglise il ne peut y avoir ni étrangers, ni hôtes. Tous les baptisés sont membres de l'unique Peuple de Dieu" . Ces principes, qui dictent toujours la conduite de la communauté chrétienne, sont mis particulièrement à l'épreuve du fait des migrations; ces migrations révèleront la mesure de l' authenticité et la vitalité pratique de ces principes.
Les migrants "dans l'Eglise locale sont chez eux"  . Ils se sentiront donc dans leur maison, ils seront reconnus et reconnaîtront les autres comme des frères... Cette phrase est forte et pleine de sens mais elle est encore bien loin d'être partagée et, surtout, vécue par tout le monde!
L'Eglise locale ne devait pas être l'Eglise d'une seule culture ou d'un seul groupe social mais le lieu de tous les appelés par le Père. Une de ses caractéristiques essentielles sera donc la COMMUNION entre tous ceux qui sont liés par le lien de la foi.
Dans le corps humain il y a différents membres qui ont besoin les uns des autres et qui ensemble font fonctionner le corps: de même dans l'Eglise il doit y avoir une estime, une recherche et une valorisation des trois éléments qui constituent la communion organique, c'est-à-dire la diversité, la complémentarité et la coresponsabilité122.
Pour les chrétiens les liens de la foi devraient être perçus comme plus importants que les liens culturels, et non seulement en théories mais aussi en pratique.
Les contextes sociaux ont changé et l'Eglise qui, durant des siècles a beaucoup insisté sue l'unité, se voit aujourd'hui confrontée à l'altérité et à la diversité par les migrations toujours plus fréquentes dans le monde contemporain. Les exigences de fraternité et d'universalité, qui elle prêche, risquent de rester lettre morte si elle ne les traduit pas en attitudes concrètes et en gestes prophétiques .
Le christianisme et l'Eglise locale ne peuvent pas s'appauvrir ni s'identifier avec un continent géographique ou une culture, mais ils doivent s'incarner et animer tous les continents et toutes les cultures. Or il existe en Europe une culture qui éprouve des difficultés à trouver sa place au sein des communautés chrétiennes: c'est la culture ouvrière. En fait les travailleurs sont porteurs d'une culture propre, faite d'histoire de souffrances, de buts et de méthodes qui lui sont propres. Jean XXIII voyait dans la montée économique, sociale et politique des "classes laborieuses" un signe des temps, un lieu donc de salut et d'importance théologique .
Ce style de communion organique, où la diversité est recherchée et valorisée, où la complémentarité des hommes, des temps, des cultures et des milieux est hautement favorisée, où la co-responsabilité est soulignée dans les paroles et la pratique, est le style et le climat de l'Eglise locale tout entière. Dans cette communion, toujours en devenir, l'Eglise anticipe le salut qui est le dépassement des divisions, la démolition des murs de séparation, l'"anti-Babel", et la fraternité nouvelle et universelle dans la maison du Père.
B. Pauvres et salut
Les pauvres ont toujours attiré l'attention du Christ. "Heureux, vous les pauvres: le Royaume de Dieu est à vous" . "Tu as caché cela aux sages et aux intelligents et tu l'as révélé aux tout-petits" .
Non seulement le Christ a guéri, a pardonné et a réconforté, mais il a remis debout les hommes qu'il rencontrait, il les a rendus conscients de leur dignité et de leur originalité: les "pauvres" avaient sa prédilection.
Il a changé le monde par le scandale de la croix et la "pauvreté" de ses apôtres.
Dans l'histoire du salut, la "pauvreté" semble avoir en soi une capacité explosive et unique. "J'ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte (...). Le cri des Israélites est venu jusqu'à moi. Maintenant va, je t'envoie auprès du Pharaon fais sortir d'Egypte mon peuple, les Israélites" . L'histoire est mise en crise par les situations de pauvreté et d'exclusion et trouve dans ces moments un motif pour une libération continue et jamais accomplie.
On peut en conclure que le lieu d'exclusion et de pauvreté est un des lieux théologiques de la progression du salut. L'histoire sacrée est une histoire de libération méta-historique et concrète en même temps; elle est aussi une histoire d'êtres rejetés qui, de sauvés se font à leur tour sauveurs comme Moïse, "le sauvé des eaux".
Si le salut est libération pour tous les hommes et pour tout l'homme il sera en même temps libération et promotion humaine et chrétienne; il sera libération et promotion où un aspect n'exclut pas l'autre mais l'approfondit et l'amplifie.
L'évangélisation est donc provoquée à avoir un projet et une dimension sociale .
L'annonce de l'Evangile comporte et exige le salut intégral de l'homme et son authentique et effective libération, moyennant l'obtention de conditions conformes à sa pleine dignité.
Le devoir d'une pastorale porteuse de ce contenu n'est pas de se préoccuper de boucher les failles d'une société en crise mais de proposer, en paroles et en oeuvres, le primat de l'homme, fondé sur le transcendant, la promotion de tout pauvre, isolé ou groupé; son devoir est de féconder et faire naître un monde nouveau où soit faite la volonté de Dieu "sur terre comme au ciel".
En conclusion, l'Eglise locale sera le lieu privilégié de la communion organique où le pauvre sans défense peut trouver une place parmi des frères, une place enviable même parce qu'il est le préféré du Père.
C. Pastorale entre passé et futur
Le fait migratoire peut devenir un facteur de croissance spirituelle et d'unité pour l'humanité et pour l'Eglise.
Chaque communauté tend à s'institutionnaliser et à trouver un équilibre propre et un modus vivendi original. L'immixtion d'un étranger est toujours ressenti comme quelque chose qui dérange.
Le contact de l'Eglise locale avec d'autres cultures est l'occasion d'une redécouverte de la catholicité: on doit redécouvrir que l'Evangile est pour tout homme et tous les hommes. Cela est le rappel que l'Evangile doit être porté à chaque créature dans le monde entier.
La pastorale sera l'accueil des frères de la même foi au sein de l'unique Eglise du Christ, elle sera attentive aux interpellations et à la conversion qu'appelle la diversité des cultures et des réponses au même Seigneur et elle sera disponible à donner un témoignage vrai et profond de sa foi et de son espérance.
Cet accueil sera attentif à découvrir, à mettre en valeur et en harmonie tous les dons qui existent dans la communauté chrétienne et qui sont le signe de la richesse et de la présence de l'Esprit Saint dans son Eglise. Cette attitude de recherche et d'émerveillement face à la diversité des dons et des ministères est une attitude de catholicité qui devrait toujours animer chaque communauté chrétienne.
Cette catholicité sera aussi un appel à l'apostolicité considérée non seulement comme un ministère de succession hiérarchique mais comme la mission au peuple de Dieu tout entier: continuer l'œuvre du Christ. En ce sens, les Apôtres trouvent parmi les chrétiens des successeurs et des responsables de la mission. Tous les membres de l'Eglise devraient se sentir envoyés en mission avec leurs différents charismes, pour être sacrement d'unité du Christ dans le monde.
L'accueil, pour être "catholique" et pour servir d'exemple au monde, sera attentif à ne pas classer les plus faibles et les démunis dans une catégorie de personnes à assister. Il sera un accueil fraternel d'égal à égal où la dernière place n'est réservée à personne .
Pour que cette mission soit "apostolique, l'engagement du clergé et de tous les laics profondément chrétiens s'avère indispensable. La pastorale n'est ni apostolique ni productive quand elle n'est exercée que par le prêtre. Ce n'est pas seulement le prêtre mais la communauté de foi tout entière qui a la tâche de vivre et d'annoncer l'Evangile.
La pastorale aura pour tâche de faire de la communauté chrétienne une communauté profondément catholique et authentiquement missionnaire ou apostolique.
Tout ceci exige de tout chrétien d'aujourd'hui une foi personnelle nourrie, robuste, mûre et vécue en communauté. Elle ne sera pas seulement un sentiment, mais elle s'enracinera dans la vie de chacun et dans le monde; elle ne sera pas un refuge ou une fuite mais une foi incarnée, vivace, et faite à relever les défis de l'histoire. Cette foi profonde ne tardera pas à devenir témoignage de vie, un témoignage personnel et communautaire, un témoignage de ce qui est vu et entendu, de ce qui est touché et expérimenté.
La communion organique au sein de l'Eglise locale, l'attention aux plus pauvres et l'esprit de catholicité et d'apostolicité nous semblent les idées motrices d'une pastorale incarnée et soucieuse des migrants.
2. Eléments de pratique pastorale
Au défi, lancé par les migrations, l'Eglise a donné des réponses; malgré leur ambiguïté, elles ont été précieuses pour le groupe immigré italien. La suppression et l'élimination pure et simple de leurs services aurait comme résultat un désarroi certain.
Même si on doit continuer l'assistance et le dépannage, on ne peut pas oublier les racines de l' exclusion et on ne peut pas ne servir qu'à boucher les failles du système et à donner à tous "bonne conscience".
L'assistance ne sera pas un "se mettre au-dessus de l'autre" mais un "se mettre à côté d'un frère dans le besoin". Elle est et reste un service fraternel, important et urgent mais qui a conscience de ne pas résoudre le problème structurel. Qu'elle ne cesse de rappeler les causes de l'exclusion et de la marginalisation et d'exiger leur élimination et leur suppression.
Que faire alors?
A. Attention au phénomène migration en général
a. Dénonciation
L!Eglise locale se rend compte que l'immigration italienne comme presque toutes immigrations dans les pays riches ou industrialisés, est le fruit d'une distribution inégale des biens. Elle doit donc dénoncer la logique qui rend "l'étranger nécessaire" et en faire connaître le prix élevé en valeurs humaines. Les conditions infrahumaines du début de l'immigration ne sont pas encore totalement éliminées dans leurs conséquences.
L'analyse et la dénonciation d'un  mécanisme pareil, qui met l'homme au service de l'économie, sont des services que l'Eglise peut et doit rendre pour être conscience critique du monde et pour rappeler les valeurs fondamentales de l'homme; celles-ci priment toujours l'économie et la politique. L'homme, image et ressemblance de Dieu, a une valeur autonome et est une valeur en soi.
Les occasions ne devraient pas manquer à l'Eglise pour se le rappeler et pour le rappeler au monde. Les injustices n'existent pas seulement dans les pays d'Amérique Latine ou dans les pays de l'Europe de l'Est mais elles existent aussi dans non pays "civilisés et en progrès".
Cette dénonciation n'est pas l'apanage des Evêques, elle est aussi le propre des chrétiens qu'ils soient clercs ou laïcs.
b. Propositions
La communauté chrétienne devrait avoir en son sein des personnes qui, sur les plans politique, cultuel, économique et social s'engagent à construire un monde nouveau et non pas à colmater les brèches du système; des personnes qui proposent et créent une société où chaque homme dans sa totalité est considéré avec équité et valorisé.
La communauté chrétienne doit non pas donner les solutions politiques et cléricales mais poser des gestes prophétiques adaptés aux circonstances et aux problèmes nouveaux des migrations. Au début de l'émigration elle l'a fait avec une telle efficacité que l'Institut Emile Vandervelde reconnaît que "l'information et l'orientation administrative des étrangers se trouvent quasi exclusivement réalisées par les soins de l'initiative privée" .
Maintenant, il n'est pas seulement question de répondre aux besoins d'accueil et d'ajustement ou de repousser le racisme et la xénophobie, mais d'aller à l'avant et de poser ces bases d'un lendemain plus assuré, pour une intégration plus organique et pour une participation plus intégrale et plus ouverte à tous.
Aujourd'hui des projets comme "Objectif '82" ou comme "le statut des étrangers" ne pourraient-ils pas susciter l'intérêt et le soutien non seulement de la commission épiscopale belge pour les migrations mais l'intérêt et le soutien des évêques et des communautés locales toutes entières ?
Il ne s'agit pas de projets à assumer seuls, mais de tentatives pluralistes qui exigent aussi l'appui de tous les chrétiens qu'ils soient parlementaires _u homme do la Tue, pour avoir un réel impact sur l'opinion publique.
Faire voter une loi ne suffit pas, il faudra éviter que, une fois approuvée, elle devienne lettre morte. Qu'elle devienne, au contraire, une mentalité. De plus, vu l'importance do la famille et de l'école dans la vie do la deuxième génération, la communauté des chrétiens se doit de poser des gestes concrets et originaux pour soutenir la famille dans son identité, dans son oeuvre do formation dans ses handicaps; elle se doit. dans les écoles, au moins, do préparer des enseignants, d'inventer des services en vue de former de manière adéquate les enfants d'immigrés.
Il faut reconnaître que, dans les communautés ecclésiales, il reste encore à cet égard beaucoup de chemin à parcourir.
c. Europe des politiciens ou des hommes "?
L'Europe attire l'attention des Européens et de l'Eglise. Elle semble être un but important, même s'il est limité, pour le dépassement des égoïsmes nationaux132.
L'Europe peut se construire au sommet pour la volonté d'hommes politiques ou par nécessité économique, mais elle doit aussi et surtout se construire à la base.
Les jeunes de la deuxième génération et tous les migrants en général sont dans une position privilégiée pour "faire synthèse" des différentes cultures et civilisation. Ils remplissent toutes les conditions pour se dire vraiment européens, non par décision d'en haut mais par expérience réelle et personnelle.
Cette expérience est parfois difficile, ambiguë et incertaine mais elle a l'avantage d'être réelle et actuelle.
L'Eglise ne voit-elle pas, dans cette situation, limitée mais importante, une occasion à exploiter pour construire une Europe des hommes et non seulement une
Europe des politiciens? La présence d'étrangers n'est-elle pas une provocation à se libérer de la tendance à la possession, de la soif du pouvoir et du désir de se mettre en valeur133? Leur présence n'est-elle pas une occasion peur la nation belge de redistribuer les richesses et le pouvoir et d'estimer tous les autres134?
                                                                                                                                                             
Par statut des étrangers on entend l'approbation d'un statut juridique pour garantir l'accès, le séjour et l'établissement des étrangers en Belgique.
132 La vocation de l'Europe, (série Déclarations des Evêques de Belgique), Bruxelles, LICAP, 1976.
133 La vocation, op. cit., p. 6-7
134 La vocation, op. cit., p. 9-10
Se préoccuper des migrants et de la jeune génération c'est vraiment poser une brique pour la construction de l'Europe des hommes, c'est vraiment planter la racine de l'arbre de demain.
d. Promotion humaine et chrétienne.
La tâche de l'Eglise est de présenter à Dieu les hommes dans leur intégralité. Il nous semble alors qu'existent des services que la communauté peut offrir aux migrants.
Un premier service serait d'offrir à la culture marginalisée les moyens de conserver sa richesse de valeurs, d'histoire, de souffrances et de mémoire collective. Ainsi on évitera que la culture différente et infériorisée objectivement ne devienne une culture folklorique; Qu'on lui donne, au contraire, la possibilité de devenir une culture vive et riche de formes, de coutumes et de contenus: sa perte provoquerait un appauvrissement pour tous.
Un deuxième service pourrait être de favoriser des lois qui correspondent à la réalité. Les jeunes de deuxième génération, par exemple, sont en majorité italiens sur le plan juridique et italo-belges sur le plan culturel: cette ambiguïté se prête à des conclusions équivoques. Il faudrait créer une situation juridique qui corresponde aux faits. La double nationalité ou la nationalité européenne ne pourrait-elle pas être une piste à suivre? C'est un problème qui devrait être étudié.
Un troisième service que l'Eglise peut rendre au monde immigré est de stimuler la prise de conscience qu'il fait partie d'une classe ouvrière. Si le lendemain se construit non sur le refus du passé et du présent mais sur ses fondements, il faut aider les migrants à prendre conscience de ce signe des temps et de remplir cette tâche au sein de leur milieu. Etant partie prenante du monde ouvrier, ils devront y avoir et prendre leur place et leurs responsabilités. Le fait d'avoir été des "clandestins de la démocratie" ne doit pas les empêcher de s'engager à fond partout où leur présence est requise.
B. Attention à la deuxième génération
a. Identité
Quand on parle des enfants des migrants italiens en Belgique il ne faut pas parler trop vite d'intégration totale ou d'inadaptation complète: la deuxième génération est assise entre deux chaises.
                                                                                                                                                             
Cette génération ne peut être appelée ni italienne ni belge mais italo-immigré ou génération "pont". Elle doit être aidée à se comprendre, à s'accepter et à faire "son" chemin en évitant de renoncer trop vite à son passé ou de s'identifier hypocritement à un modèle qui n'est pas le sien.
On ne peut pas exiger de l'eau propre à l'embouchure si on infecte la source et un arbre ne peut pas se développer, fleurir et fructifier si on l'arrache de ses racines; ainsi l'avenir des jeunes italo-immigrés en Belgique est lié intimement à leur situation d'aujourd'hui: s'ils veulent donner des fruits, ils devront travailler sur leurs racines et malgré leurs ambiguïtés.
En somme il ne s'agit pas de partir d'une foi consciente et assumée mais il s'agit de se mettre du côté de la deuxième génération en cherchant avec elle la plénitude de sens de leur vie et en témoignant des convictions dont on vit.
b. Agents de socialisation
Nous avons constaté et souligné plusieurs fois dans notre recherche l'importance des agents de socialisation, surtout de la famille, de l'école et des pairs. Ils sont les voies normales pour l'éducation et la formation de la personne même au sujet de la foi. La pastorale se préoccupera donc de soutenir et de promouvoir ces agents dans la formation religieuse de l'enfant.
Si la famille occupe une place importante dans la société, l'Eglise se demandera qui peut influencer et pousser les parents à la prise de conscience et à leur responsabilisation, comment le faire?  Et quand? Cet agent socialisateur doit attirer toute l'attention des agents pastoraux: le négliger ou sous-estimer peut provoquer un insuccès relatif de tous leurs efforts. Qu'a-t-on fait jusqu'à maintenant? A-t-on préféré s'y substituer plutôt que de s'y impliquer? Pendant la période de l'enfance et de l'adolescence les agents pastoraux ne devraient-ils pas se mettre davantage au service de la famille?
L'importance de l'école n'est plus à mettre en doute, même si dans l'éducation elle ne joue qu'un rôle secondaire; malgré la culture différente elle ne peut pas, de toute façon ignorer la famille. Le parallélisme ou l'opposition est un mauvais service rendu à la deuxième génération.
L'école forme et acculture le jeune italo-immigré, mais parmi eux une faible minorité parvient à suivre les cours avec une certaine facilité et sans doubler de classe pour les motifs soulignés plus haut. D'aucuns ont parlé à ce propos de "moulage des europarias" . Pourquoi l'école, particulièrement celle dite "libre" n'étudie-t-elle pas une méthode en vue de mieux soutenir les enfants en difficulté ou encore pourquoi ne prépare-t-elle pas mieux les enseignants à éduquer et à donner des potentialités équivalentes à tous les élèves qui ne partent pas sur le même pied ?
Quelques-uns uns seulement, parmi les enfants des Italiens, réussissent à rentrer à l'université ou à accéder à l'enseignement supérieur et à des places d'influence : ne pourrait-on mieux soutenir ces jeunes dans leur originalité culturelle ou les rendre fiers de leur origine? De cette façon ils n'abandonneraient pas leur milieu. Si on le faisait, ils représenteraient et animeraient toute leur collectivité. Pourquoi ne pas les aider à être le"relais" entre leur groupe culturel de départ et la société globale?
Les groupes de pairs ont aussi leur importance: ne les sous-évaluons pas. Les mouvements de jeunesse semblent aujourd'hui en crise. Que faire pour que cet agent socialisateur retrouve tout son rôle d'animation chrétienne? Peut-on envisager et encourager la naissance et la croissance de groupes qui aident les jeunes dans la recherche de leur identité et du sens de la vie?
Toutes ces questions sont-elles trop exigeantes ? Elles ont au moins l'avantage de faire entrevoir dans quelle direction s'engager.
c. Institutions ecclésiastiques
i. Présence
L'organisation religieuse ne peut dans l'éducation' à la foi, se passer des autres agents de socialisation. Cependant, elle dispose de temps et de lieux qui sont de première importance dans la vie de l'individu et du groupe.
Avant tout, l'Eglise possède, parmi les immigrés, le monopole des cérémonies qui solennisent les étapes de la vie depuis la naissance jusqu'à la mort en passant par l'adolescence et la vie adulte. En outre elle a encore un "semi-monopole" des grandes fêtes de l' année.
Ensuite, elle est presque omniprésente: l'organisation des paroisses, l'institution des écoles libres et la ramification efficace de ses oeuvres.
Tout ceci offre des chances qui valent leur pesant d'or et devraient être pleinement exploitées. ii.. Accueil
Si, dans toutes ces occasions et ces structures on prêtait une attention au jeune immigré et si on se préoccupait réellement de lui, les solutions pastorales seraient nettement facilitées. Si la xénophobie et le racisme verbal et en actes étaient bannis dans toutes les institutions et si on valorisait temps et lieux pour souligner la richesse et la diversité des personnes et des groupes, il est certain que les choses seraient différentes.
Une meilleure recherche, un accueil fraternel, une valorisation appropriée et un esprit de catholicité approfondi devraient être, à tout niveau, les dispositions fondamentales des communautés chrétiennes et de leurs institutions.
iii.. D'objet à sujet de la pastorale
Les immigrés, comme la classe ouvrière dont ils font partie intégrante, ne doivent pas être vus ou se sentir objet plutôt que sujet de pastorale. C'est à eux surtout d'animer et de porter l'Evangile dans leur milieu, c'est à eux de l'animer, d'être le levain dans la pâte.
Il est embarrassant de constater le petit nome d'immigrés qui entrent dans les conseils pastoraux paroissiaux ou régionaux ou dans les conseils de parents à l'école, tandis que bon nombre d'entre eux sont employés pour le nettoyage d'églises, d'écoles et de locaux paroissiaux ou pour la préparation des fêtes...
Que peut-on faire pour les rendre plus actifs?
Il est intéressant de noter que dans le diocèse de Tournai parmi la dizaine de prêtres, fils d'Italiens venus en Belgique après la première guerre mondiale, qui sont en activité pastorale, deux seulement sont engagés activement auprès des Italiens immigrés. Pourtant ne seraient-ils pas les plus indiqués pour travailler à la promotion et à l'évangélisation des frères qui, comme eux, ont vécu et souffert la situation immigrée?
Tout ceci révèle-t-il un manque de réelle et quotidienne attention au problème de l'immigration? Les paroles et les déclarations sont importantes mais elles doivent être accompagnées ou suivies d'action.
iv.. Attention au monde ouvrier
Les institutions ecclésiastiques devraient être plus attentives à la classe ouvrière: c'est à cette classe sociale qu'appartiennent la première et deuxième génération. On ne peut pas prétendre atteindre directement les jeunes immigrés en négligeant leur appartenance sociale.
Le monde ouvrier a sa propre culture et son histoire de distanciation de l'Eglise, spécialement en Wallonie.
La pastorale et ses institutions devraient se mettre plus à l'écoute de ce monde et éliminer les difficultés qui ont empêché l'Eglise d'accueillir et d'animer la classe ouvrière.
Il faut bien admettre qu'on est encore loin de voir dans ce domaine des résultats concrets.
3. Agents pastoraux
Qui sera le coordonnateur et le responsable de la réalisation de ces valeurs et de ces priorités? Qui étudiera l'articulation entre théorie et pratique?
Tous les chrétiens avec leur évêque sont chargés de cette mission mais quelques-uns le feront d'une manière particulière.
a. Mission italienne
La paroisse nationale italienne est née d'une situation exceptionnelle et elle a assuré comme paroisse une fonction particulière. Etant appel et symbole de la présence d'une collectivité différente et originale au sein de la communauté chrétienne autochtone, elle avait en fait une tâche symbolique.
Elle assurait aussi une tache pratique en garantissant à beaucoup le lien de 1’expression de la foi et de sa croissance, le lieu de la célébration de l'Eucharistie et du Sacrement.
S'il est vrai que les Italiens ont une spécificité propre, on ne peut jamais oublier qu’en Belgique ils sont une partie constitutive de la grande classe ouvrière et de la grande masse des immigrés. En plus d'une sensibilité italienne, la mission devra avoir une sensibilité ouvrière et immigrée.
Elle devra faire partie intégrante de l'effort déployé par l’Eglise locale pour la pastorale de la classe ouvrière et du monde immigré en général. Elle sera là pour que la sensibilité et l'intérêt de la communauté chrétienne à ces problèmes, soit toujours vif et grandissant.
Pour la deuxième génération la paroisse italienne garde-t-elle le même sens et les mêmes motivations?
Ce n'est pas à nous de donner une solution; mais l’examen approfondi de la deuxième génération a fait surgir quelques questions. La tache de la paroisse italienne sera-t-elle encore "paroissiale" ou devra-telle s'orienter vers une pastorale nouvelle et spécialisée d'évangélisation et d'animation? Ne serait-il pas préférable de céder petit à petit les services purement paroissiaux aux paroisses territoriales?
Certains services, tels que catéchèse et sacrements des enfants, sont demandés de plus en plus à la paroisse du lieu.
La messe dominicale et certains sacrements, par contre, sont demandés à la paroisse ethnique surtout par la première génération. Quoi qu'il en soit un esprit d'entente devrait régner et on devrait bannir son esprit de concurrence et tout malaise entre les deux institutions.
La mission italienne renouvelée devrait avoir des animateurs. Les prêtres et les religieuses qui viennent d'Italie sont indispensables: leur présence souligne l'originalité culturelle; malheureusement ils manquent souvent d'expérience migratoire et ne connaissent que faiblement la culture belge. C'est pourquoi la présence de prêtres, religieux, laïcs engagés d'origine italo-immigrée et belge serait hautement avantageuse: leur présence et leur collaboration rendraient l'institution ethnique plus proche des besoins et de la sensibilité de la deuxième génération et son impact serait différent et, sans doute, plus profond.
b. Paroisse locale
La paroisse en tant que telle a subi et subira encore des modifications dans le cours du temps. Mais nous pensons qu'elle devra assurer encore longtemps certains services comme la célébration de l!Eucharistie, des sacrements ou la catéchèse tout en n'ayant pas la totalité ou le monopole de la mission.
Il faudra alors qu'en son sein soit développée la sensibilité à l'ouvrier et à l'immigré: elle aura à opérer une conversion à la catholicité et à assurer un service dans la diversité et dans l'unité.
En effet, elle assure déjà de nombreux services religieux à la collectivité immigrée: elle devrait encore valoriser les différences et harmoniser les spécificités.
Est-elle prête pour cela?
c. Communauté de base
La distance, que nous avons constaté, entre l'offre religieuse réelle et la demandé pourrait être comblée par la création de communautés ecclésiales de base: des petites communautés composées de membres liés entre eux et partageant le même milieu, se retrouvent pour découvrir la Parole de Dieu et la vivre ensemble. Les petites communautés auraient à tenir compte des groupes d'appartenance réelle et auraient à s'engager dans le concret pour être fidèles à Dieu et à l'homme.
Il n'existe pas de modèles préétablis mais n'est-ce pas une piste à suivre, une intuition à réaliser, même pour la deuxième génération?
On a vu dans la communauté de base un lieu privilégié pour la création des chrétiens de demain: n'est-elle être pas un lieu privilégié où le jeune italo-immigré se retrouvera et retrouvera la foi dans la valorisation de sa personne et de son milieu?  
IV. Conclusion
Notre recherche avait pour objet la deuxième génération italienne en Belgique et son comportement religieux.
Loin d'avoir tout clarifié, nous avons découvert sa situation ambiguë dans la société belge et ses handicaps dans son processus de socialisation: ceux-ci ont eu une grande importance sur la formation de sa personnalité et sur son comportement général et religieux en particulier.
Nous avons souligné quelques problèmes importants; mais le travail de recherche demanderait un approfondissement quantitatif des données.
Comme agent pastoral cette étude nous a néanmoins fourni une méthode de travail qui, sans se substituer à la séduction et à la force propre de l'Evangile, aide à comprendre une situation déterminée et à y œuvrer.
Comme toute recherche sur les personnes vivantes et sur les relations homme-Dieu, la nôtre pose plus de problèmes qu'elle n'en résout.
Mais n'est-ce pas cela le sens de la foi et de la vie en expansion?
 



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